Thyroïdite de Hashimoto : quel rôle pour l'alimentation ? - Prévention Santé
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Thyroïdite de Hashimoto : quel rôle pour l’alimentation ?

En 2011, à l’âge de 27 ans, j’ai été diagnostiquée avec une thyroïdite de Hashimoto.

Thyroïde ? TSH ? Maladie auto-immune ? Ces mots prononcés par les médecins m’étaient étrangers. Quelques semaines plus tard, j’avalais mon premier comprimé de Levothyrox, dont l’objectif est de remplacer une hormone naturelle qui n’est plus sécrétée en quantité suffisante par la thyroïde.

Je me sentais perdue et anxieuse. Face à une maladie qu’ils qualifiaient de « très courante chez les femmes aujourd’hui », les médecins ne s’intéressaient ni à mes questions, ni à des solutions alternatives au Levothyrox.

L’intestin : quel lien avec la thyroïde ?

A l’époque, j’avais éliminé le gluten de mon alimentation depuis 6 mois, dans l’espoir de calmer des désordres digestifs très handicapants au quotidien. J’avais fait cette démarche seule, lasse de l’incompréhension des médecins. En l’espace de 10 jours, mes douleurs vieilles de 25 ans avaient entièrement disparu. Intriguée par ce « miracle »,  j’ai commencé à me documenter sur le gluten et plus généralement le rôle de l’alimentation dans le développement des maladies.

En Amérique, la recherche sur les maladies digestives et auto-immunes s’intensifiait. De nombreux régimes existaient déjà, visant à soulager les personnes souffrant de maladies digestives telles que la maladie de Crohn, la colite ulcéreuse ou le syndrome du colon irritable. Ces régimes reposent sur la croyance que la majorité des maladies, digestives ou auto-immunes, ont pour origine un intestin devenu ‘poreux’ (« leaky gut » en anglais). En effet, sa paroi serait fragilisée principalement par la consommation régulière ou prolongée de médicaments (principalement d’antibiotiques) et de la pilule contraceptive, et par les intolérances et allergies alimentaires. Cela détruirait les villosités de l’intestin, sortes de replis de la muqueuse qui facilitent le passage des nutriments dans le sang à travers la paroi.

Une fois l’intestin devenu poreux, des fragments de protéines ou de médicaments, ou des métaux lourds que l’on consomme, traverseraient sa paroi et entreraient dans le circuit sanguin. Ces éléments n’y ayant pas leur place, ils seraient perçus par le système immunitaire comme des « agresseurs » et le corps réagirait en attaquant ses propres tissus. Selon la personne, le corps pourrait se retourner contre la peau (psoriasis, eczéma…), les cheveux (alopécie…), les muscles (fibromyalgie…) ou encore la thyroïde (thyroïdite de Hashimoto, maladie d’Addison…).

Par conséquent, ces régimes visent à reconstruire la paroi intestinale afin de calmer l’attaque du système immunitaire. Cela permet de soulager les symptômes liées à ces maladies, éventuellement réduire les dosages des traitements et, dans certains cas, mettre la maladie en rémission.

Régime sans gluten : une solution ?

Pain sans glutenLe point commun à tous ces régimes : l’élimination du gluten. Cette protéine désormais bien connue du grand public semble être responsable de nombre de nos maux.  En effet, des chercheurs américains affirment que la consommation de gliadine, présente dans tous les produits à base de gluten, augmente la perméabilité intestinale chez toutes les personnes, sensibles ou non au gluten.

Un régime pauvre en (ou sans) gluten serait donc bénéfique pour les personnes souffrant de maladies auto-immunes dans la mesure où cela leur permettrait de reconstruire la paroi de l’intestin plus rapidement, et ainsi de calmer l’attaque du système immunitaire.

Toutefois, si l’on part du principe qu’il faut retirer de son alimentation tout élément irritant pour l’intestin, l’élimination du gluten n’est qu’un début. En effet, d’après mes recherches, mes lectures et l’étude de milliers de témoignages dans les groupes de soutien aux malades, nombre de personnes souffrant de Hashimoto affirment se sentir partiellement soulagées par l’arrêt du gluten mais véritablement mieux après l’arrêt des produits laitiers : encore un point commun entre les régimes cités précédemment. En effet, les produits laitiers, en plus d’être très acidifiants et difficiles à digérer, contiennent beaucoup d’oestrogènes qui viennent perturber un équilibre hormonal déjà défaillant chez les personnes souffrant de Hashimoto.

Aller plus loin dans la nutrition : mon témoignage

Depuis 2011, mon alimentation a beaucoup évolué. Quelques mois après l’arrêt du gluten, mes symptômes digestifs sont revenus, bien que moins intenses. J’ai décidé de ne plus consommer de produits laitiers et mes symptômes ont à nouveau disparu, jusqu’à réapparaitre quelques mois après. Avec le recul, j’ai compris : les intolérances se créent à cause d’un intestin poreux et irrité. Si l’on élimine les aliments auquel on est intolérant dans également reconstruire la paroi intestinale, d’autres intolérances continueront de se créer. En 2012, j’ai donc décidé de dépister d’éventuelles allergies et intolérances grâce à un test critiqué par certains. Les résultats m’ont toutefois permis d’être réellement soulagée au bout de 3 semaines. Toutefois, il restait peu de choses à manger et je me sentais perdue et isolée.

Sur le conseil d’un proche, j’ai consulté un médecin généraliste qui travaille sur la perméabilité intestinale. Avec lui, j’ai suivi un régime proche du régime Paléo, que j’ai poussé jusqu’au régime Autoimmune Paléo, conçu pour les personnes souffrant de maladies auto-immunes. Mon médecin m’a également imposé un régime sans sucre, fruits compris. Trois mois après le début de son régime, je retrouvais une digestion « normale », chose que je n’avais jamais connue auparavant. En parallèle, j’ai également pris de la glutamine, acide aminé indispensable à la reconstruction des tissus musculaires. Pendant un an et demi, je me suis nourrie exclusivement de viande et de légumes faciles à digérer. Ensuite, j’ai doucement réintroduit des aliments.

fruits et légumes bioAvec le temps, je me suis rendu compte que ce régime draconien, bien qu’il m’ait permis de rétablir ma digestion, avait également fatigué mon corps, mon foie et mes reins. J’avais perdu 10 kilos que je n’avais pas à perdre. Je craignais également de réintroduire des aliments, de peur de voir mes douleurs réapparaître. Doucement, j’ai quand même décidé de réintroduire des féculents sans gluten, des œufs, des pommes de terre, des fruits…et de réduire ma consommation de viande. Au fil des trois années qui ont suivi, j’ai appris à m’écouter et je suis arrivée à une alimentation variée, riche en végétaux et pauvre en produits animaux. En effet, j’avais compris qu’une bonne digestion nécessitait de s’alimenter en majorité de produits basifiants (végétaux..), accompagnés d’un peu d’aliments acidifiants (produits animaux, noix..). Depuis un an, mon alimentation se rapproche du végétalisme. J’ai également pris conscience de l’importance d’un alimentation bio et « entière » (non transformée) dans la mesure où les pesticides, les additifs et les conservateurs agissent comme de véritables agresseurs du système immunitaire.

Très progressivement, presque sans m’en rendre compte, le rétablissement de ma digestion m’a permis de combler d’anciennes carences en vitamines et minéraux, ce qui mis un frein à ma perte de cheveux, qui commencèrent à repousser, de voir réapparaître la pointe de mes sourcils (caractéristique de la thyroïdite), de voir repousser mes ongles sans qu’ils se cassent, de retrouver une belle peau sans acné ni rosacée et qui n’était plus sèche.  J’ai retrouvé un poids normal, la fatigue que je ressentais au quotidien s’est estompée jusqu’à disparaître et mon cycle s’est régularisé. Le symptôme le plus complexant de mon hypothyroïdie, avoir régulièrement le visage et les yeux bouffis, est devenu très épisodique au lieu de quasi quotidien.

Naturellement, une partie des tissus de ma thyroïde ont déjà été détruits et ne pourront se reconstruire. Par conséquent, je continue à prendre mon Lévothyrox, mais j’ai pu baisser un peu mon dosage et le stabiliser. Certaines personnes témoignent même d’un arrêt du Lévothyrox suite à la baisse des anticorps anti-TPO (> 30), grâce à un changement d’alimentation et de mode de vie.

Quelle conclusion en tirer ?

Si je dois tirer une conclusion après le chemin que j’ai parcouru les 5 dernières années, je dirais qu’aucun doute n’est permis quant au rôle que joue notre alimentation sur le développement des maladies. Un régime sans gluten et sans produits laitiers me parait être un bon point de départ pour toute personne souhaitant apaiser les symptômes d’une maladie auto-immune. Que ce régime soit alcalinisant me parait également primordial. Pour certains, l’élimination des œufs, des produits animaux ou des céréales, le passage à l’alimentation bio ou l’alimentation vivante (crue) sont d’autres pistes à explorer, qui ont fait leur preuves. A retenir toutefois : une maladie ne se créée pas en un jour ; il est donc important de s’accorder le temps d’expérimenter, de se documenter, de trouver ce qui nous convient personnellement pour aller mieux. Si vous avez la possibilité d’être soutenus par un professionnel de la santé ouvert à ce discours, c’est encore mieux !

Marcher dans la natureEn revanche, je suis convaincue que la nutrition n’est qu’un des leviers sur lesquels il faut agir afin de gérer une maladie auto-immune. Il a été prouvé que la gestion du stress et l’environnement sont également des facteurs importants à prendre en compte.
Des études montrent que le stress est un des éléments déclencheurs des maladies auto-immunes, ainsi que les agressions environnementales (pollution, bruit, ingestion de métaux lourds, produits nocifs présents dans les produits de beauté…). Suivre une thérapie, avoir une activité physique épanouissante, respirer le grand air, s’entourer de personnes positives et qui nous soutiennent : toutes ces choses aident à accepter la maladie et à mieux en gérer les symptômes.

M’intéresser à la nutrition et modifier mon mode de vie m’ont permis de reprendre le contrôle de ma maladie. A présent, j’ai le sentiment de bien me connaitre et de mieux savoir comment prendre soin de mon corps pour qu’il fonctionne au mieux avec cette maladie. Adolescente, j’avais un mauvais rapport avec mon corps.  Aujourd’hui, j’ai envie d’en prendre soin et je suis fière de la persévérance dont j’ai fait preuve pour apaiser ses souffrances.

En espérant que cet article apportera de nouvelles connaissances et de l’espoir à nombre de lecteurs et lectrices, je vous dis à bientôt !

Céline

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