Grâce à vous : +5.000.000 vues +3.500.000 auditeurs +500 interviews

Cancer du côlon et dépistage systématique

Le dépistage systématique du cancer du côlon par Hémotest (appelé Hémoccult en France), est inefficace et contre-productif pour les patients. Positif pour la marchandisation de la médecine à mon sens…

Réflexions à propos d’un article de Shaukat publié dans le British Medical Journal (1) et de son analyse par Vinay Prasad (2) célèbre professeur de cancérologie de Chicago et ses collaborateurs Lenzer et Newman.

Comme pour le sein ou la prostate dans lesquels les dépistages n’améliorent pas la survie de ceux qui s’y soumettent, le dépistage systématique du cancer du côlon expose aux mêmes dangers : surdiagnostics (faux cancers et cancers qui n’auraient jamais évolué) qui conduisent à des surtraitements (traitements injustifiés) dommageables.

L’étude du Minnesota « Minnesota colon cancer control study» analyse les résultats du dépistage sur 30 ans de 46551 sujets par recherche de sang occulte dans les selles. Dans cette étude, les patients dépistés sont décédés moins souvent de cancer du côlon, mais leur mortalité globale (mortalité toutes causes confondues) est équivalente à celle des personnes qui n’ont pas subi de dépistage.

Au total, le dépistage n’augmente pas l’espérance de vie des sujets qui s’y soumette, ainsi que le montre la superposition parfaite des courbes de mortalité avec dépistage annuel ou biennal ou sans dépistage.

Tout cela pour ça !

Cette discordance s’explique par les conséquences de traitements agressifs (pour rien !) chez les patients surdiagnostiqués (faux cancer ou cancer qui n’aurait jamais évolué), mais aussi de l’impact psychologique du diagnostic de cancer qui pourrait entrainer des décès supplémentaires.

Dans leur article, Prasad et Coll notent que de trop nombreux essais se concentrent sur la survie spécifique (en rapport avec la mortalité liée directement au cancer) à court terme alors que mesurer la mortalité toutes causes confondues à long terme serait une meilleure méthode d’évaluation de l’impact réel du dépistage pour les personnes qui le pratiquent (3).

Donc les inconvénients du dépistage annulent ses potentiels bénéfices. Tenter de sauver des vies par le dépistage précoce expose à de faux positifs, qui entrainent des citoyens non malades à subir des traitements agressifs potentiellement dangereux alors qu’ils n’auraient jamais souffert de ce cancer.

La puissance des essais qui étudient la mortalité globale et non celle spécifiquement liée au cancer demande des groupes de personnes beaucoup plus larges, donc plus difficiles à réaliser.

En pratique la recherche obsessionnelle des cancers sans symptômes depuis trente ans s’avère inefficace à sauver des vies (4,5,6).  Elle a peut-être un côté intuitif, mais l’intuition ne marche pas avec le cancer ! Le cancer est avide de sucre, mais priver de sucre les cancéreux ne les guérit pas etc.

En revanche, toute l’économie du secteur santé en tire profit et cela est intuitif et vrai. Depuis la période des dépistages à outrance, la santé est devenue la meilleure marchandise pour les marchés boursiers.  il faut faire un changement à 360° qui ne sera pas une marche arrière , mais bien un progrès pour des millions de citoyens du monde.

 

Quelques références sur le sujet :

  1. Shaukat A, et al. Long-term mortality after screening for colorectal cancer. N Engl J Med 2013; 369: 1106-1114. http://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMoa1300720
  2. Prasad V, Lenzer J, Newman DH. Why cancer screening has never been shown to “save lives”-and what we can do about it. BMJ 2016;
  3. Prasad V. Powering cancer screening for overall mortality. Ecancermedicine 2013; 7: ed27. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4025495/
  4. Black WC, Haggstrom DA, Welch HG. All-Cause Mortality in Randomized Trials of Cancer Screening. J Natl Cancer Inst; 94 (3): 167-
  5. Penston J. Should we use total mortality rather than cancer specific mortality to judge cancer screening programmes? Yes. BMJ 2011;
  6. Heleno B, Thomsen MF, Rodrigues DS, Jørgensen KJ, Brodersen J. Quantification of harms in cancer screening trials: literature review. BMJ 2013; 347:

 

Auteurs : Dr N Delépine, Dr. G Delépine.

S'abonner gratuitement à notre lettre

Vous aimez notre média ? Avançons ensemble...

Prévention Santé est une plateforme Web non professionelle, gratuite d’informations, de témoignages, de débats et d’échanges sur le mieux-être.
Ce travail d'investigation indépendant que nous pratiquons nécessite beaucoup de temps, d'argent et de travail pour sa production. Mais nous le réalisons parce que nous croyons qu’il est important de questionner, débattre et transmettre des informations.
Nous avons donc une faveur à demander...
Soutenez-nous financièrement et nous pourrons continuer notre travail de partages auprès de vous encore très longtemps.

Faire une contribution

8 Commentaires

  1. joel

    Vivre avec le cancer du rectum depuis début 2015, pas de traitement en vue car problèmes cardio-vasculaires découverts quelques jours avant début radiothérapie.Contre la douleur,beaucoup de marche et de temps en temps un demi-dafalgan 500.Est-ce normal?

    Début Janvier,j’ai demandé à l’oncologue d’avoir seulement la radiothérapie,il m’a répondu que ma demande né répondait pas au protocole de soin.

    Réponse
  2. joel

    Mathieu

    @Lebriotin
    14 févr.
    Début Janvier,j’ai demandé à l’oncologue d’avoir seulement la radiothérapie,il m’a répondu que ma demande ne répondait pas au protocole de soins🙄Mathieu ajouté,

    Mathieu

    @Lebriotin
    Vivre avec le cancer du rectum depuis début 2015, pas de traitement en vue car problèmes cardio-vasculaires découverts quelques jours avant début radiothérapie.Contre la douleur,beaucoup de marche et de temps en temps un demi-dafalgan 500.
    0 réponse 0 Retweet 0 j’aime
    Répondre Retweeter J’aime Voir l’activité du Tweet

    Réponse
    • delepine

      nicole.delepine(a)bbox.fr pour vous répondre de façon personnelle selon secret médical bien à vous

  3. Xavier LARVOR

    Juste une petite remarque par rapport à l’image citée : « Le cancer est avide de sucre, mais priver de sucre les cancéreux ne les guérit pas etc. », je pense qu’une autre comparaison aurait été plus appropriée. Ce ne sont pas les lieux communs intuitifs mais absurdes qui manquent en la matière. Quand Coca-Cola affirme que « ce sont les calories qui comptent » et rien d’autre, notamment de quelles molécules proviennent ces sacro-saintes calories, tout en se référant « au bon sens », c’est à dire la croyance populaire, il est très facile de démontrer que ce raisonnement ne tient pas, ne reposant sur aucune étude scientifique. Dans le cas particulier de l’ingestion de glucides et ses effets sur le cancer, la situation est certes complexe. Lorsque l’on constate la quantité industrielle de sucre ingérée par an et par tête, la réduction massive de la consommation de ce véritable poison (au sens toxicologique du terme), de surcroît addictogène, ne peut qu’être bénéfique. A tout le monde, cancéreux compris, notamment en raison de l’hypersécrétion majeure d’insuline et d’IGF1 occasionnée. On ne ferait pas pour autant mourir de faim la tumeur, mais il me paraît essentiel de ne pas négliger ce paramètre, à mon sens fondamental en matière de physiopathologie. Mis à part ce point de détail, bravo Docteur Delépine, vous frappez toujours aussi juste, encore une fois sur un sujet si important et délicat ! Et vous répondez de manière très concrète et documentée à des questions que nous nous pesons tous.
    Xavier LARVOR, médecin, Bordeaux

    Réf : Still Believe ‘A Calorie Is a Calorie’? By Robert Lustig, M.D.

    Réponse
    • Mathieu (@Lebriotin)

      Vivre avec le cancer du rectum depuis début 2015, pas de traitement en vue car problèmes cardio-vasculaires découverts quelques jours avant début radiothérapie.Contre la douleur,beaucoup de marche (8 à 10 km jour) et de temps en temps un demi-dafalgan 500.Est-ce normal? J’ai été au service des soins palliatifs pour avoir un médicament contre la douleur mais mon état de santé n’est pas assez inquiétant pour satisfaire ma demande.
      Début Janvier,j’ai demandé à l’oncologue d’avoir seulement la radiothérapie,il m’a répondu que ma demande né répondait pas au protocole de soins.
      Traitement proposé. Opération du cœur,triple ou quadruple pontage, un à deux mois après, radio-chimio-thérapie, quelques semaines après, laparotomie pour enlever la tumeur,pose d’une poche,trois mois après chimiothérapie.
      Je n’ai pas été d’accord

  4. Xavier LARVOR

    Ne pas confondre dépistage (rarement utile) et prévention (par le mode de vie, incontournable).

    Réponse
  5. JP Motarcs

    Et si…. au lieu de chercher à dépister ce qui s’est déjà produit et installé, donc en faisant de la symptomologie, on se décidait ENFIN, à chercher LES causes des cancers dans nos modes de vie complètement inadaptés pour ne pas dire destructeurs ? Mais ça remettrait tellement d’intérêts financiers en jeu, et supposerait de bousculer trop violemment de très mauvaises habitudes prises insidieusement, que ça risque d’être très difficile, pour ne pas dire impossible. Ce serait certainement plus cohérent que de s’obtiner dans l’impasse de la toxicité des chimiothérapies que l’on persiste à vouloir être « un peu » moins toxique pour les cellules saines que les cellules cancéreuses. Et pour les rayons, même raisonnement, un rayonnement ionisant reste ionisant. Point à la ligne. Et pour la chirurgie, on est un peu trop enclin à penser que l’on peut enlever des organes, les remplacer par d’autres éventuellement, et continuer à vivre « normalement » ???? Qu’est ce que cette médecine de charlatans ???

    Réponse
  6. Isabelle

    Bonsoir,

    Grand grand MERCI a vous.

    Bien à vous,

    Réponse

Prolonger le débat, commentez !

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.