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Coronavirus… À chaque crise, son opportunité !

Le Covid-19 est une zoonose, c’est à dire une maladie issue du monde animal. Son expansion a été rendue possible par notre manière de vivre. L’artificialisation des sols, le déboisement et l’accroissement de l’habitat humain, provoquent de plus en plus d’interférences entre l’Homme et le monde sauvage. L’épidémie du COVID-19 aurait trouvé son origine dans un marché pour animaux exotiques, oiseaux vivants et animaux marins destinés pour la consommation.

L’analyse des données publiques de séquençage génomique du SARS-CoV-2 et de virus apparentés confirment son origine naturelle. Des conclusions d’une importance capitale, présentées dans la revue Nature : (1)  Le virus évolué vers son état pathogène actuel un hôte non humain a sauté chez l’homme. Ceci a marqué l’apparition des épidémies aux coranvirus chez l’homme contractant le virus après une exposition directe aux civettes (SRAS) et aux chameaux (MERS). Ainsi, les chauves-souris sont suggérées en tant que réservoir le plus probable pour le SRAS-CoV-2 car très proche d’un coronavirus de chauve-souris. Actuellement, l’absence de documentation dans ce sens suggère un hôte intermédiaire possible entre les chauves-souris et les humains. (2) Le COVID-19 initialement une variante non virulente du virus aurait franchi son hôte animal pour passer chez l’Homme mutant ensuite à son état pathogène actuel. Le pangolin porteur de coronavirus ayant une organisation de site de liaison très semblable à celle du SRAS-CoV-2 aurait pu être transmis à un humain, soit directement, soit par un autre hôte médian comme les civettes ou les furets. Le  SRAS-CoV-2 auraient pu se transformer au sein de l’hôte humain et devenu capable de propagation interhumaine déclenchant l’épidémie actuelle (1).

Cette  pandémie d’ampleur globale a fait plus de 11 000 morts et  plus de 271 000 cas d’infection ont été détectés dans 164 pays et territoires à l’arrêt depuis le début de l’épidémie.

Il est très rare que les virus de cette famille se propagent directement de l’animal vers l’homme. Les statistiques du centre de prévention des maladies aux USA ont reporté que plus des 75% des nouvelles maladies de l’histoire récente sont de provenance animale comme  le cas du COVID-19 mais également pour d’autres coronavirus, tels que le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) et le syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS) qui se sont répandus des animaux à l’Homme, pareillement pour la Grippe porcine et la Grippe aviaire.

En effet, en 2002, le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) apparu  en Chine, s’est propagé dans 28 pays en 2003, perpétrant plus de 8.000 contaminations et près de 800 morts. La provenance de l’épidémie a pu être reliée aux chauves-souris qui auraient transmis le virus muté aux petits mammifères (civettes) vendus dans un marché d’animaux et consommés dans la région du Guangdong.

En 2003-2004, la grippe aviaire, une maladie virale des oiseaux, notamment dans les divers élevages (poulets, oies, etc). Certains sous-groupes de grippe aviaire est interspécifique c’est-à-dire qu’elles peuvent contaminer plusieurs espèces à la fois citons l’exemple du virus H5N1. Actuellement ce virus n’est transmissible après contamination suite à un contact avec un oiseau mais les autorités sanitaires mondiales commencent  à redouter la piste pandémique suite à l’évolution du virus devenu ainsi transmissible d’un être humain à un autre.

En 2009-2010, la grippe porcine apparue au Mexique impliquée par  le virus H1N1 serait provenue d’un élevage industriel de cochons. Les grippes porcines affectent les cochons dans les élevages, se répandant très instantanément d’un animal à l’autre, dans les conditions insalubres et de confinement excessif que subissent la plupart des animaux destinés à la consommation. Il arrive souvent que le virus mute et devient transmissible à l’humain, comme dans le cas du H1N1, pur se propager ensuite très facilement chez l’Homme.

Dans les années 1990, la maladie de la vache folle a été la plus remarquable crise sanitaire des années 1990, l’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) induite suite à l’utilisation de farines animales en tant qu’alimentation bovine produites suite au recyclage des carcasses bovines et d’autres animaux. L’ESB est transmise à l’humain suite à la consommation de produits carnés.

Ces exemples montrent à quel point la production et la consommation de viande pose de sérieux risques pour la santé publique remettant en question le lien entre la consommation d’animaux et les pandémies tel que le COVID-19.

Selon l’Organisation des Nations-Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), « la mise en place d’une approche multisectorielle «Une seule santé» correspond à impliquer tous les secteurs et disciplines pertinents à l’interface Homme-animal-environnement dans la lutte contre les menaces sanitaires des zoonoses.  Cette approche assure l’équilibre et l’équité entre tous les partenaires. Ainsi pour réduire l’émergence de maladies, il faut:

  • identifier les voies par lesquelles les agents pathogènes peuvent se propager entre les animaux et l’Homme
  • réduire l’exposition aux espèces et aux environnements à haut risque où l’infection est la plus susceptible de se propager entre les animaux et l’Homme
  • mettre en œuvre des mesures de biosécurité afin de réduire l’introduction accidentelle ou
  • Intentionnelle d’agents pathogènes (par exemple, une biosécurité accrue dans les installations de production situées à proximité d’oiseaux sauvages migrateurs)
  • planifier l’utilisation des terres pour réduire les expositions (par exemple, des zones tampons séparant les populations des animaux sauvages, en désignant des zones et des espèces protégées)
  • prévenir les maladies chez les animaux (par exemple, campagnes de vaccination des animaux sauvages ou domestiques, pratiques optimales d’élevage et de gestion)
  • surveiller les animaux et de l’environnement afin de signaler rapidement les événements zoonotiques.

Pour réduire la propagation de la maladie:

  • vacciner les personnes et les animaux
  • empêcher les contacts (par exemple, la quarantaine)
  • avoir une bonne hygiène (par exemple se laver les mains dans les établissements de santé),
  • assurer une communication ciblée et personnalisée des risques
  • traiter rapidement les personnes et les animaux infectés (2).

La production intensive de viande suppose l’élevage de milliers d’animaux dans des conditions surpeuplés et insalubres et où abondent  les virus et les agents pathogènes. Les nouvelles maladies émergentes trouvent leur essor dans ces conditions réunies ainsi que  les quantités d’antibiotiques ingurgitées afin de maintenir ces animaux vivants jusqu’à une certaine croissance et un terrifiant abattage.

La viande, plus que tout autre aliment coûte cher à la planète en rémissions de gaz à effet de serre, déforestation et consommation d’eau. L’élevage intensif d’animaux favorise également les recombinaisons de virus et l’emergence de nouvelles maladies affectant les animaux qui en mutant deviennent transmissibles à l’être humain. Selon la FAO, «L’élevage industriel intensif » est en effet une parfaite « opportunité pour les maladies émergentes » (2).

En Chinois, le mot « crise » est peint par deux idéogrammes désignant « danger » et « opportunité », soulignant qu’en période de crise, les situations difficiles sont autant d’occasions de reconsidérer l’avenir autrement. Chaque crise possède deux fondamentaux indissociables, le péril (wei) et l’occasion (ji) comme une ouverture sur la philosophie Nietzschéenne où «Ce qui ne me tue pas me rend plus fort»

Accolade entre membres du personnel médical au sein d'une unité d'isolement d'un hôpital de Zouping, dans la province de Shandong de l'est de la Chine.

Accolade entre membres du personnel médical au sein d’une unité d’isolement d’un hôpital de Zouping, dans la province de Shandong de l’est de la Chine. PHOTOGRAPHIE DE STR/AFP VIA GETTY IMAGES

La crise,  un prémisse de renouvellement de courage de décision et d’action. Après la crise du covid-19, il ne faut certainement pas céder aux politiques isolationnistes, ni encore protectionnistes ou totalitaires. Face à une production intensive qui dénie les besoins des animaux, face à une consommation aléatoire des animaux sauvages sans aucun respect de la chaîne alimentaire et des l’équilibres biologiques et des écosystèmes, face au risque que la production industrielle fait peser sur notre santé et sur notre environnement, il ne faut pas se tromper d’ennemi. Notre ennemi est commun, à savoir une absence de conscience collective qui englobe plusieurs enjeux écologiques et planétaire.

Reconsidérer notre consommation d’animaux sauvages est l’occasion de donner une chance de survie à la biodiversité. La chine par exemple, qui traditionnellement a un appétit démesuré pour les produits de la faune sauvage ; ou certaines bêtes sont consommées pour leur goût, comme un aliment délicat, tandis que d’autres sont consommés en tant que médecine traditionnelle, vient d’aviser de la prohibition « complète » du commerce et de la consommation d’animaux sauvages, pratique soupçonnée être à l’origine de l’épidémie de coronavirus

En tant qu’observateurs, confinés chez nous, c’est le moment de reconsidérer les effets ravageurs de nos choix alimentaires. Loin de blâmer l’élevage en général, la baisse de la consommation de viande peut et doit se faire en réduisant nos achats de viandes industrielles et de viandes importées. Elle se fera alors au profit des élevages durables et locaux respectueux des éleveurs, de l’environnement et de notre santé mettant ainsi fin à l’élevage industriel élevage et donnant l’accès à tous à une alimentation durable et équitable.

Nous pouvons faire le choix d’une transition écologique, agricole et alimentaire qui soit soutenable pour la planète, conservatrice de la biodiversité, bénéfique pour la santé de tous, rémunératrice pour les éleveurs et créatrice d’emplois. Reconsidérer notre consommation en Moins et en Mieux,  Nous pouvons prôner le Moins pour le Mieux : pour notre santé, pour les animaux et pour notre planète.

Sources :

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