La dépression, une maladie inflammatoire ? - Prévention Santé
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La dépression, une maladie inflammatoire ?

Les molécules de l’inflammation peuvent affecter les fonctions de tous les organes, y compris du cerveau. Elles sont significativement plus élevées chez les dépressifs. Le système immunitaire est impliqué et bien souvent, l’intestin est le point de départ.

Nous sommes habitués à classer les maladies en deux catégories : soit physiques soit mentales. Durant les deux dernières décennies, la recherche a fait apparaître progressivement un lien entre l’immunologie et la psychiatrie. Nous savons à présent que les maladies mentales ont aussi une réalité biologique, ce qui pose les bases d’une nouvelle compréhension de la nature de ces maladies.

Depuis 1982, il est établi que le système immunitaire et le cerveau ont une communication bidirectionnelle. Le système immunitaire, via la production de cytokines, sait agir sur le cerveau. Ce dernier, grâce à différents médiateurs chimiques et aussi des connexions nerveuses directes, peut activer le système immunitaire. Les cytokines sont des molécules messagères qui régulent la réponse inflammatoire. Selon plusieurs études scientifiques, elles sont susceptibles d’être impliquées dans l’ensemble des symptômes de la dépression. Le principal médiateur biologique de toutes les maladies psychiatriques est l’activation du système immunitaire par les cytokines.

Dans toutes les maladies physiques, les symptômes résultent de l’activité du système immunitaire. Par exemple, la fièvre n’est pas causée par un agent infectieux mais par le système immunitaire lui-même. La même chose est vraie pour l’inflammation et la douleur. Comment le système immunitaire produit ces symptômes ? L’étape la plus importante est la production de cytokines par les cellules immunocompétentes. A partir de là, elles peuvent affecter les fonctions de tous les organes et tissus du corps humain. Y compris le cerveau.

Des marqueurs de l’inflammation anormalement élevés

Les états dépressifs sont associés à une augmentation de la production de cytokines par l’ensemble de l’organisme, et pas seulement au niveau cérébral. L’intensité de l’état dépressif semble proportionnelle aux taux de cytokines mesurés. La libération excessive de cytokines par les globules blancs macrophages est proportionnelle au score de l’échelle Hamilton, qui évalue la gravité d’une dépression. Les anomalies immunitaires sont flagrantes dans les dépressions résistantes aux traitements. Des niveaux élevés de TNF-alpha constituent un facteur de prédiction d’une non-réponse aux antidépresseurs. Les taux d’interleukine (1, 6 et 8) et de TNF-alpha ont été mesurés dans le liquide cérébrospinal des personnes ayant fait une tentative de suicide. Ils étaient significativement plus élevés que dans la population normale.

Plusieurs publications scientifiques identifient une enzyme, l’IDO, comme étant impliquée dans la genèse de la dépression. Elle perturbe la synthèse de sérotonine, la fameuse hormone du bonheur qui fait défaut aux dépressifs. Plus encore, elle contribue directement au climat inflammatoire général de l’organisme. Plusieurs cytokines, dont l’interféron, stimulent cette enzyme IDO.

Enfin, une étude danoise révèle que des niveaux élevés de protéine C-réactive (CRP), un marqueur de l’inflammation, sont associés à la dépression. Pour les chercheurs, il reste à déterminer la nature de l’association entre la CRP et la dépression. Cela pose la question de l’opportunité d’une stratégie anti-inflammatoire – y compris naturelle – en complément des antidépresseurs.

Le curcuma est connu comme un puissant antioxydant. Il est généreusement utilisé pour apaiser les douleurs articulaires. De récentes études révèlent son intérêt au niveau cérébral. Il stimule la synthèse des principaux neuromédiateurs (notamment dopamine et sérotonine) et montre un effet IMAO1. Plus encore, on a observé son activité protectrice sur des neurones de l’hippocampe, zone du cerveau fortement éprouvée dans les pathologies du stress.

Cause ou conséquence ?

L’inflammation conduit-elle à la dépression, ou bien est-elle simplement un désordre biologique conséquent de la dépression ? Pour certains scientifiques, la première option ne fait aucun doute depuis que des essais cliniques ont montré que l’administration de cytokines à des personnes non déprimées provoque des symptômes dépressifs, lesquels disparaissent aussitôt l’arrêt de la prise.

L’interféron alpha est connu pour activer les monocytes et les macrophages. Si son effet est bénéfique sur l’immunité, il a par ailleurs des effets neuropsychiatriques débilitants. La première étude date de 1980. Administrés par intraveineuse pendant sept jours, il provoquait chez les volontaires des symptômes tels que fièvre, fatigue, baisse d’appétit, hypersomnie, inhibition sociale, difficultés à répondre aux questions, perte d’intérêt. Depuis, le soufflé est retombé, faute d’une compréhension suffisante pouvant déboucher sur un traitement. Mais une nouvelle science, la psycho-neuro-endocrino-immunologie (PNEI) vient apporter un sang neuf à cette thèse, avec un nombre croissant de publications scientifiques ces dix dernières années. Les mécanismes de la PNEI sont à présent vus par certains chercheurs comme l’épicentre de la dépression.

Pour la première fois de l’Histoire, des biologistes ont identifié des molécules humaines qui, administrées à des personnes saines, produisent tous les symptômes qui permettent de diagnostiquer la dépression. Ces découvertes auraient dû fortement interpeller les professionnels de la santé mentale, mais la plupart semblent trop préoccupés par les théories psychopathologiques pour s’intéresser aux découvertes d’autres disciplines scientifiques qui touchent pourtant leur domaine.

Les récentes recherches montrent que le stress psychologique active le système immunitaire et accroît la sécrétion de cytokines. Ainsi, la dépression peut causer davantage de dépression, le mal se nourrit lui-même. La dépression diminue la qualité de vie, les relations sociales, l’estime de soi et l’envie d’investir la vie. Cela se traduit en symptômes psychologiques accrus et se retrouve dans la biologie. C’est un cercle vicieux qu’il est possible de transformer en cercle vertueux, si la personne réagit et entame une psychothérapie, pratique la méditation ou toute autre activité favorisant un retour à soi. Le mieux-être va aussi se retrouver dans la biologie.

Le feu a pris dans l’intestin

Les phénomènes physiologiques observés laissent penser à un épuisement immunitaire suite à un phénomène de réponse chronique puis auto-immune. La présence d’anticorps dans le sang des personnes dépressives, associée à une augmentation des cytokines, semble aller dans ce sens. La question qu’on doit alors se poser est : contre quoi l’immunité se défend ?

La dépression est fréquemment associée à des désordres gastro-intestinaux et à des maladies auto-immunes. Notre alimentation moderne, excessivement transformée et dénaturée, est mal reconnue par l’écosystème intestinal. Le gluten de blé et les protéines de lait de vache sont très souvent incriminés. Les bactéries de la flore intestinale et les enzymes digestives ne parviennent pas à les transformer correctement pour les rendre assimilables. Ces réactions incomplètes agressent la muqueuse intestinale qui, à la longue, perd son intégrité et laisse entrer des molécules qui n’ont pas vocation à se retrouver dans le sang. On appelle cela l’hyperperméabilité intestinale. Le système immunitaire va alors réagir pour neutraliser et évacuer ces éléments indésirables, puis tenter de préparer l’organisme à une future incursion.

Lorsque vous êtes malade, que l’organisme subit une agression microbienne, vous ressentez des troubles de l’humeur, vous dormez mal et vous manquez d’appétit, parce que ces fonctions dépendent de l’action des cytokines. Un état fébrile qui vous laisse peu enclin à la conversation. Pourtant, il ne vous viendrait pas à l’esprit de traiter la grippe par une psychothérapie. Mais alors qu’en est-il de notre état psychologique lorsque la réponse immunitaire devient chronique ?

Alors qu’on croyait le cerveau parfaitement protégé par la barrière hémato-encéphalique, l’INRA de Bordeaux a découvert en 2008 que des cytokines inflammatoires périphériques – c’est-à-dire produites en dehors du cerveau – parviennent à pénétrer le cerveau pour y semer le trouble. Ces cytokines peuvent provenir aussi bien d’une réaction à un antigène intestinal que d’un stress psychologique. Durant une réponse inflammatoire, la suractivation de TNF-alpha conduit à une élévation chronique du niveau de cytokines inflammatoires dans le cerveau. Une des voies d’entrée principale est l’hippocampe, région du cerveau qui coordonne toutes les fonctions émotionnelles, joue un rôle majeur dans la prise de décision et l’expression des envies. Autant de fonctions déficientes chez le dépressif.

Des molécules qui proviennent de l’intestin parviennent à semer la zizanie jusqu’au cerveau et impacter notre comportement et notre humeur. Est-ce réellement si invraisemblable ? Chacun de nous sait qu’il ne faut pas mettre n’importe quoi dans son réservoir de voiture sans causer des problèmes plus loin dans la mécanique. De la même façon, une prolifération de substances indésirables dans l’intestin aura des conséquences à un niveau ou l’autre de l’organisme.

Chez l’animal, l’injection de LPS, une toxine bactérienne, modifie le comportement d’exploration spatiale ainsi que l’appétit, en mobilisant des schémas du système nerveux central. Chez l’homme, l’exposition aux endotoxines induit un certain nombre de symptômes psychiatriques. La PNEI est née de l’observation des interactions entre les systèmes nerveux, endocrinien, immunitaire et digestif. Les états dépressifs nous en donnent une parfaite illustration. Tous ces concepts seront explorés dans mon prochain livre « De l’intestin aux maladies psy ».

(1) Inhibiteur de la monoamine oxydase, une classe d’antidépresseurs

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