Iatrogénie ou la médecine assassine - Prévention Santé
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Iatrogénie ou la médecine assassine

« Presque tous les hommes meurent de leurs remèdes, et non pas de leurs maladies » – Molière – Le malade imaginaire –

Certes, le titre est tout de même un peu provocateur mais il traite d’un sujet qui, je pense, doit nous interroger sur notre médecine conventionnelle (allopathie), ses bienfaits mais également ses dérives délétères. Au travers un certain nombre de lectures, d’observations et malheureusement d’expériences, un sentiment aussi désagréable qu’inquiétant s’est emparé de moi : les abus médicamenteux sont-ils la cause ou la conséquence de la déshumanisation croissante de notre médecine ?…j’y réfléchis encore…

Puisqu’on ne peut pas et/ou ne veux pas accorder le temps qui serait nécessaire aux patients, la solution ne serait-elle pas de les gaver de médicaments ?
Pouvons-nous résister à la toute puissance de ces nouveaux conglomérats pharmaceutiques tant l’emprise socio-économique qu’ils exercent sur les gouvernements et les acteurs de la santé se renforce de jour en jour?
⇒ La chimie comme alternative à l’empathie, l’écoute et l’humanité ?…vaste programme!

Pour en venir au fait, j’ai essayé de trouver des éléments, suffisamment récents, sur la iatrogénie médicamenteuse et j’ai découvert le petit « livre blanc » de Guy ARMANTIER, Co-fondateur, vice-président puis président de l’association Bien Vieillir Ensemble ( février 2016). Je vous en livre les éléments essentiels.

« Il est permis de craindre que plusieurs milliers de malades ne décèdent chaque année en France par iatrogénie, dont une fraction serait évitable » – Professeur QUENEAU (Membre de l’Académie nationale de médecine) –

Définition de la iatrogénie médicamenteuse

Iatrogène : adjectif qualifiant un trouble, une maladie, provoqués par un acte médical ou par les médicaments, même en l’absence d’erreur du prescripteur.

La iatrogénie médicamenteuse se présente sous deux aspects :

  • Soit comme la conséquence d’une prescription inappropriée, c’est à dire une ordonnance inadaptée au diagnostic ou au patient, ou encore une ordonnance potentiellement dangereuse pour le patient concerné, en particulier lorsqu’il s’agit d’une personne âgée.

Les contre-indications ou interactions «potentiellement» graves sont assez rares (6% des prescriptions), pour autant, près des 2/3 des ordonnances examinées sont apparues concernées par au moins une contre-indication et/ou une interaction médicamenteuse, et les experts cliniciens qui ont analysé les ordonnances ont proposé de modifier 80% des lignes de médicaments figurant sur celles-ci, et d’arrêter purement et simplement un médicament dans 17% des cas.

  • Soit comme des aléas non fautifs imputables aux seuls médicaments à l’origine d’effets indésirables inattendus et donc imprévisibles.

Ces effets indésirables peuvent, dans certains cas, on l’a vu, résulter d’une méconnaissance et d’un suivi insuffisant de l’état de santé du malade lui-même.
Mais il existe, aussi, des interactions médicamenteuses spontanées, non encore identifiées. Leur réalité n’est pas douteuse. Elle est parfois qualifiée d’ «effet cocktail» lorsque certaines substances qui, prises isolément, sont sans danger pour l’homme, se révèlent toxiques lorsqu’elles sont associées entre elles.

La iatrogénie n’apparaît donc pas seulement comme la conséquence regrettable, mais inévitable, d’un risque calculé, d’un choix malheureux entre deux risques vitaux, ou encore d’une appréciation erronée, mais non fautive, de la balance bénéfices-risques qui ponctue en permanence l’activité du prescripteur. Elle est, aussi, le révélateur d’un inquiétant «trou noir» de la thérapeutique aux proportions encore mal connues.

Conséquences

De façon très surprenante, personne ne connaît précisément l’ampleur du phénomène car il n’existe toujours pas, en France, de dispositifs d’évaluation fiables et adaptés.
Dans une approximation très large, il est toutefois permis de craindre que plusieurs milliers de malades ne décèdent chaque année en France par iatrogénie, dont une fraction serait évitable… incontestablement, des hospitalisations sont prolongées, des ré-interventions sont nécessaires, des souffrances et des décès sont occasionnés du fait des accidents iatrogènes.

Souvenons-nous de l’indignation qu’avaient provoquée les 15.000 décès de personnes âgées attribués à la canicule de 2003. Là, il s’agit d’un nombre au moins aussi élevé, sinon plus, de morts, dus, chaque année, à la iatrogénie médicamenteuse, et tout se passe sans bruit…
Pour ajouter, si nécessaire, au scandale, le professeur QUENEAU, auteur du Rapport de 1998, reconnaît qu’ «une fraction (de ces décès), « serait évitable». Or, plus de 15 ans après ce rapport, on continue à mourir, en France, et, selon toute vraisemblance, dans de semblables proportions, de iatrogénie médicamenteuse. Et plus de15 ans après, force est de constater qu’on ne dispose toujours pas de données épidémiologiques précises sur le sujet.

L’association «Le lien de défense des victimes d’erreurs médicales et d’infections nosocomiales», quant à elle, va même jusqu’à dénoncer une «culture du secret», sciemment entretenue.

Contrairement à un pays comme l’Angleterre, par exemple, il n’existe en France aucune base de données officielle enregistrant diagnostics, symptômes et ordonnances.
Conscients de cette inefficacité, les auteurs du «Rapport Kouchner» préconisaient, entre autres mesures, il y a près de 20 ans, la création d’un «Observatoire national de la iatrogénie et de la vigilance thérapeutique» travaillant en liaison étroite avec les Centres de pharmacovigilance. Mais ces recommandations n’ont pas été mises pleinement en œuvre et la situation ne s’est pas améliorée.

Certes, la loi fait obligation de déclarer auprès du centre régional de pharmacovigilance dont dépendent les patients, ou les professionnels de santé, tout effet indésirable suspecté d’être dû à un médicament. Cette obligation s’applique aux «médecins, chirurgiens-dentistes, sages-femmes et pharmaciens». Il est aussi recommandé aux autres professionnels de santé de faire cette déclaration.

De même, «les entreprises pharmaceutiques doivent déclarer par voie électronique, à la base de données Eudravigilance, tout effet indésirable grave survenu en Europe…dont elles ont connaissance…».
Mais, une fois encore, force est de constater que ces dispositions sont très largement inopérantes et ne permettent toujours pas de cerner avec précision les dommages réels de toute nature, tant humains qu’économiques, provoqués par la iatrogénie médicamenteuse.

Évaluation de la morbidité médicamenteuse

Probablement plus de 15.000 décès/an en France!

Le LEEM, est l’organisme professionnel représentatif des entreprises du secteur de l’industrie pharmaceutique en France. Peu suspect, donc, a priori, de majorer les dommages de la iatrogénie médicamenteuse, le LEEM évaluait, en 2012, à 143.915 le nombre d’hospitalisations « dus aux effets secondaires connus des médicaments ou à des erreurs humaines ».
Aussi, à ce chiffre déjà considérable de près de 150.000 hospitalisations, convient-il d’ajouter plusieurs milliers de décès dus à cette variante de la iatrogénie médicamenteuse baptisée «effet cocktail» par les scientifiques.

Au terme d’une revue de la littérature sur le sujet de la polymédication, effectuée en 2014 par l’IRDES les accidents iatrogéniques seraient responsables de 5 à 25% des admissions hospitalières et de 10% des admissions aux urgences.

Une enquête récente de l’Urcam Poitou-Charentes, quant à elle, fait apparaître que:

                          > plus de 12% des hospitalisations ont été rapportées à un EIM (événement indésirable médicamenteux),
                          > les interactions médicamenteuses ont été retrouvées dans 21% des cas,
                          > la part des accidents évitables est estimée à 20%.

Des chercheurs américains ont retracé la prise de médicaments chez 3434 personnes de 65 ans, dont 23% avaient développé une démence. 82 spécialités ont été recensées comme ayant favorisé celle-ci :
                       > soit directement, comme les antispasmodiques, les traitements de l’incontinence urinaire ou les antis parkinsoniens;
                       > soit via un effet secondaire comme les antihistaminiques, somnifères, antidépresseurs, antipsychotiques, traitements de l’hypertension…
Ces chercheurs ont constaté qu’une consommation régulière de tels médicaments sur 10 ans augmentait de plus de 54% le risque de démence, et de 65% pour la maladie d’Alzheimer.

Enfin, pour se limiter à cette dernière source, le rapport VERGER estime que 11 à 30% des cas de troubles cognitifs semblent liés aux médicaments.

La consommation de médicaments en France

La France est un important consommateur de médicaments et selon un rapport de l’ANSM de 2013, il existait, à cette époque, 2800 substances actives disponibles en France, correspondant à 11.000 spécialités, et de nouvelles molécules apparaissent constamment sur le marché.
                   > La consommation annuelle moyenne de médicaments est de 48 boites par an (source ANSM2013)
                   > Un rapport de l’Organisation de Coopération et de Développement Economique (OCDE) montre que la prescription d’antibiotiques en France y reste préoccupante: elle est supérieure de 41% à la moyenne européenne ;
                   > L’assurance maladie a reconnu que le «Médiator» a été dans 80% des cas prescrit pour maigrir et non pour compléter un traitement du diabète, son indication officielle .
                   > En moyenne 1,76kg de médicaments sont stockés dans les foyers français.

Situation particulière des personnes âgées

  • En 2013, le rapport VERGER relevait que «les dernières études montrent une consommation moyenne de 8 molécules par jour en ehpad, avec, ajoutait-il, «…son lot d’effets indésirables: risques de chutes, dénutrition, troubles du comportement…et ses possibles erreurs médicamenteuses» ;
  •  Les données de l’étude IQUARE, réalisée par l’Université Toulouse III, Paul Sabatier, sur la prise en charge thérapeutique des sujets âgés dans les ehpad durant les six derniers mois de leur vie, font état de la prise de 8,3 médicaments par jour par ces patients (et aussi que 87,75% des patients décédés avaient au moins un médicament inapproprié) ;
  •  L’enquête la plus récente sur le sujet (Drs Cool / Lapeyre- Mestre), déjà citée, confirme ces constatations avec 8,6 médicaments, en moyenne, par ordonnance, prescrits à des personnes de 83 ans d’âge moyen, l’ordonnance la plus longue en comportant pas moins de 21! ;
  •  90% des consultations, en France, se concluent par une ordonnance, contre seulement 43 %, par exemple, aux Pays-Bas.

D’un point de vue économique

Au coût des médicaments inutiles, dangereux, inappropriés, prescrits en première indication, s’ajoute le coût des nouvelles prescriptions, hospitalisations, analyses, examens et soins divers rendus nécessaires pour lutter contre les effets néfastes des premières prescriptions.
Quelques données chiffrées pour apprécier le phénomène en connaissance de cause :
> En 2003, selon les Comptes nationaux de la Santé, le médicament représente 21% de la consommation de soins et biens médicaux pour une valeur de 30 milliards d’euros ;
> Entre 2002 et 2003, l’augmentation en valeur des dépenses de médicaments a été de 6,5% ;
> En 2011, selon l’INSEE, sur un total de dépenses courantes de santé, en France, de 240 milliards d’euros (soit 12% du PIB), la consommation de soins et biens médicaux en représentait les 3⁄4, soit 180 milliards d’euros, et les médicaments, à eux seuls, 34,7 milliards d’euros ;
> Pour l’année 2000, la dépense pharmaceutique moyenne a été d’environ 850 euros par personnes âgée de 65 ans et plus. Elle passe à 776 euros pour les personnes âgées de 65 à 74 ans, et à 991 euros pour les personnes âgées de 75 ans et plus (Enquête «Santé et Protection sociale» – ESPS – de l’Institut de Recherche en Economie de la Santé – IRDES – et des données de remboursement de la Sécurité sociale) ;
> Sachant qu’entre 2002 et 2003, l’augmentation en valeur des dépenses de médicaments a été de 6,5% et que cette hausse tendancielle s’est très vraisemblablement poursuivie les années suivantes ;

Sachant qu’au 1er janvier 2016, le nombre de personnes vivant en France est de 66.627.602, dont 12.520.217 de personnes âgées de 65 ans et plus se répartissant ainsi :
– 65 à 69 ans: 5,9%
– 70 à 74 ans: 3,8%
– 75 ans et plus: 9,1%,
On peut imaginer le poids de la dépense de médicaments dans le budget de la santé. A fortiori dans un pays comme laFrance qui, comme le rappelle l’Insee,«figure parmi les pays les plus développés ou la prise en charge des dépenses de santé par les fonds publics est la plus importante».

Grace à ces diverses données chiffrées il paraît possible de se hasarder à calculer un ordre de grandeur, d’une part, de la dépense annuelle de médicaments des plus de 65 ans, d’autre part, des économies envisageables si des mesures de lutte contre la iatrogénie médicamenteuse étaient adoptées :
> environ 6 millions de personnes de 65 à 74 ans présentant une dépense pharmaceutique moyenne de 850 €, soit, approximativement, une dépense d’au moins ………………………………………………………….5 milliards d’euros
> environ 6 millions de personnes de plus de 75 ans présentant une dépense pharmaceutique moyenne de 1.050 €, soit, approximativement, une dépense d’au moins……………………………………………………………6 milliards d’euros
> Soit, approximativement, une dépense pharmaceutique totale pour les personnes de 65 ans et plus de………………………………11 milliards d’euros

Si, grâce à des mesures de lutte contre la iatrogénie médicamenteuse, on parvient à réduire la dépense de médicaments de 20%, ce n’est pas moins de 2 milliards d’euros d’économies qui pourraient être réalisées sur ce seul poste des médicaments.

Le jugement de la Commission KOUCHNER sonne donc toujours juste: «La iatrogénie est un problème majeur de la thérapeutique moderne, du fait de sa fréquence et de ses conséquences cliniques pour les malades, et économiques pour la société en terme de dépenses de santé».

Les raisons de cette surconsommation de médicaments

Parmi les nombreuses raisons susceptibles d’éclairer le niveau important de la consommation de médicaments en France, deux d’entre-elles apparaissent particulièrement déterminantes :
– l’âge avancé de la population française
– la formation, initiale et continue, des médecins
Une troisième raison sera avancée, qui explique en partie la situation de la France sans pour autant lui être spécifique comme les deux précédentes: elle tient à la prégnance de la mise en cause de la responsabilité des médecins prescripteurs

1/ Vieillesse et médicaments

Le «Panorama de la santé 2015» publié le 4 octobre 2015 par l’OCDE note que les Français vivent plus vieux que la moyenne des habitants des pays riches. L’espérance de vie des français est, hommes et femmes confondus, de 82,3 ans, contre une moyenne de 80,5 ans dans les autres pays. Parmi les 34 pays que compte cette organisation, la France se place ainsi au 5ème rang. Si la situation des Français n’a rien d’exceptionnel (79 ans), celle des Françaises, par contre, est remarquable, avec une espérance de vie de 85,6 ans, qui les place au troisième rang de la plus grande longévité au sein de l’OCDE.
Mais il y a un revers à la médaille: c’est que les personnes âgées sont fréquemment polypathologiques et atteintes de maladies chroniques. Elles font donc l’objet de polymédications. De façon quasi arithmétique, donc, plus un pays compte de personnes âgées, et a fortiori très âgées, plus la consommation globale de médicaments augmente.

2/ Formation des médecins

Sont concernées aussi bien la formation initiale que la formation continue des médecins. Et l’une comme l’autre font l’objet de critiques nombreuses et convergentes, tant de la part des médecins eux-mêmes que de celles des instances publiques de santé.

> Formation initiale

Le rapport VERGER de 2013 relève l’insuffisance de la formation médicale en matière de prescription gériatrique. Ses auteurs reconnaissent que, pendant les études médicales, l’enseignement de la thérapeutique «surdétermine le mode de pensée des étudiants». Conséquence: «Considérant que tout patient est un malade, la consultation ne saurait donc se terminer sans prescription…90% des consultations, en France, se concluent par une ordonnance, contre seulement 43% aux Pays-Bas».
Bref, c’est la «toute puissance du médicament dans l’inconscient collectif soignant» qui est ainsi stigmatisé à longueur de pages de ce rapport.

Une étude de l’UFC-Que Choisir publiée dans le n° 525 (mai 2014) de sa revue mensuelle, confirme «l’insuffisante formation des médecins sur le médicament.».
Elle relève que la place du médicament est très variable d’une faculté à l’autre dans les études théoriques. Alors que la Société européenne de pharmacologie recommande un minimum de 120h, l’enseignement de la matière varie de 60 à 170 h selon les facultés de médecine, «la plupart ne réservant même pas une centaine d’heures au médicament», selon le Professeur Mathieu MOLINARD, président du Collège national de pharmacologie médicale, pneumologue et pharmacologue au CHU. C’est de 1,5 à 4 fois inférieure au volume de cours dispensés sur le sujet dans la plupart des grands pays européens.
L’auteur de l’article note que ce faible volume horaire «donne aussi aux futurs médecins une vision incomplète du médicament. En apprenant les molécules de façon cloisonnée, il leur est par exemple difficile de concevoir les phénomènes d’interactions susceptibles de survenir chez un patient traité pour plusieurs maladies.». « Les cours présentent le médicament comme un remède, une recette, les effets secondaires et les interactions passent au second plan» analyse le docteur Jean- Sébastien BORDE, néphrologue, vice-président de l’association pour une formation et une information médicale indépendante (FORMIDEP).
L’urgence d’une formation permettant d’asseoir des notions fondamentales est réelle. Par exemple la notion de balance bénéfices-risques qui détermine si, en fonction de la situation d’un patient, les effets attendus d’un médicament méritent d’exposer celui-ci à ses possibles effets indésirables.
De même pour la notion d’iatrogénie médicamenteuse, c’est à dire la possibilité que les médicaments eux-mêmes rendent malades: «Peu sensibilisés par leur formation théorique, les internes n’ont pas le réflexe de penser qu’un nouveau symptôme peut être l’effet d’un médicament et ont tendance à le traiter en prescrivant un autre médicament» a constaté le docteur Jean-Sébastien BORDE.
Sans compter que former les futurs médecins aux possibles effets délétères des médicaments pourra les aider à mieux résister aux sirènes des laboratoires pharmaceutiques, omniprésents sur les lieux de leurs études.

> Formation continue

              Il lui est souvent reproché d’être trop exclusivement assurée et financée par l’industrie pharmaceutique.
C’est ce que regrette, notamment, Etienne CANIART, membre du Collège de la HAS, qui ajoute: «Il aurait fallu que l’État accorde un budget pour donner une indépendance à ce secteur. Mais pour des questions de nécessités budgétaires à court terme, on a laissé la porte ouverte aux laboratoires».
A ce propos, un article publié dans le journal Le Monde daté du 20 mars 2005, et intitulé «Perspectives: Pour une liberté de prescription des médecins», mérite tout particulièrement d’être cité.
             Il y est fait état des 23.000 visiteurs médicaux censés «donner plus d’informations» aux 110.000 médecins prescripteurs français et, bien sur, dans le respect de la Charte de la visite médicale signée par le LEEM. Mais, rétorque le docteur Philippe FOUCRAS, fondateur de Formindep (collectif de professionnels de santé et de patients), «Pour se convaincre de l’hypocrisie de cette démarche, il faut se demander si les représentants commerciaux des firmes touchent leurs primes en fonction du respect de la Charte ou en fonction du nombre de boites de médicaments prescrits sur leur secteur».
Pourtant, un embryon de formation continue indépendante existe depuis 2001: il s’agit de la formation professionnelle conventionnelle (FPC), financée par l’Union nationale des caisses d’assurance-maladie. Mais son influence reste limitée car, assure le docteur Marie-Hélène CERTAIN, présidente d’un organisme de formation, «l’Ordre des médecins a toujours plus ou moins contesté les conventions médicales qui créent un lien entre les médecins et les caisses d’assurances-maladie».

3/ Responsabilité du prescripteur

               Les réticences des médecins à prescrire moins de médicaments peuvent s’expliquer, enfin, par leur crainte, dans une société de plus en plus judiciarisée, de voir leur responsabilité recherchée pour refus de soins ou erreur médicale, voire pour euthanasie passive.
On aborde là, de nouveau, la question de l’indemnisation du risque médical, notamment thérapeutique, dont il serait opportun, semble t-il, que se saisisse d’urgence le législateur afin de dégager le médecin d’une quelconque responsabilité en cas d’aléas non fautifs. A défaut, celui-ci sera de plus en plus enclin à «ouvrir le parapluie» en prescrivant un éventail de médicaments suffisamment large pour le mettre à l’abri de tout reproche.
La réglementation ainsi attendue devrait aussi s’attacher à favoriser l’expression la plus précoce possible du consentement éclairé des individus – sorte de directives anticipées – quant à la façon de les traiter, le moment venu, et en particulier s’ils privilégient la longévité ou la qualité de leur vie.
D’autres raisons que le grand âge des Français, l’organisation de la formation des médecins, ou encore la possible mise en cause de la responsabilité de ces derniers, concourent sans doute à expliquer ce recours prioritaire du corps médical français aux médicaments.
Mais, quelles qu’en soient les raisons, cette forte propension à prescrire est-elle justifiée par les résultats obtenus?

Point sur l’état de santé des Français, plus particulièrement des personnes âgées

On l’a dit, l’espérance de vie des Français a augmenté, au cours de ces dernières années, d’environ 3 à 4 mois, en moyenne, par an.
A l’évidence, les progrès thérapeutiques, notamment la mise à disposition de médicaments de plus en plus efficaces, y ont largement contribué. Les molécules nouvelles découvertes par les laboratoires ont permis la guérison d’innombrables malades, ou les ont soulagés d’affections autrefois hors de portée de la thérapeutique. Et il est très vraisemblable, comme l’affirment les professeurs MOULIAS et PIETTE, qu’«il y a plus de malades décédés d’avoir été traités trop tard ou pas du tout, que d’avoir reçu un traitement indispensable, mais dangereux, en temps utile.»

Mais, comme toute médaille, celle-ci a son revers. Ainsi :
– Selon le«Panorama de la santé 2015»dressé par l’OCDE , la France ne se classe qu’au 15ème rang des pays retenus dans l’étude pour ce qui est de l’espérance de vie des hommes. 
– Le bilan démographique 2015 vient d’ailleurs de nous apprendre que «l’espérance de vie a reculé en France en 2015 pour la première fois depuis 1969».
– Une enquête de l’Insee portant sur l’année 2009 montre que l’espérance de vie sans incapacité progresse plus lentement, voire se stabilise: 63,5 ans pour les femmes, et 61,9 ans pour les hommes, contre, l’année précédente: 63,3 ans pour les femmes, et 62,7 ans pour les hommes.
– Cette même enquête met en lumière la détérioration du rapport personnes âgées / personnes âgées dépendantes.
– Cette évolution ne se dément pas. Les auteurs du rapport VERGER/2013 ont constaté, eux aussi, une «hausse tendancielle et continue de la dépendance dans les ehpad depuis 2010».
– Cette «hausse tendancielle» n’a fait que se confirmer au fil des années, démentant ainsi très rapidement les pronostics optimistes formulés seulement 3 ou 4 ans auparavant.
20.000 chutes enregistrées par an, entraînant 2.000 décès, sont attribuées aux psychotropes, somnifères et anxiolytiques, médicaments les plus prescrits chez les personnes âgées. 
Pour les médicaments symptomatiques de la maladie d’Alzheimer, les études bien menées ont montré une efficacité minime, cliniquement non pertinentes, inconstante et transitoire de l’état cognitif des patients, sans intérêt pour leur confort et leur devenir.
              En outre, ces médicaments ont des effets indésirables parfois graves et exposent à des interactions médicamenteuses fréquentes. Ils ont pourtant été largement promus et prescrits, exposant inutilement les patients à des effets indésirables pour des coûts aussi inutiles que considérables.
Ce jugement définitif et d’une rare sévérité est porté par Vincent RENARD, professeur des universités, président du Collège national des généralistes enseignants (Le Monde daté 22/04/2015). Il est partagé par de très nombreux médecins.
Les prescriptions de médicaments destinées aux personnes très âgées demeurant en ehpad n’ont parfois pour seule justification que de pallier le manque de personnel attaché à ces mêmes personnes. Elles accroissent et accélère leur marginalisation sociale, détériore leur qualité de vie et abrège même celle-ci.

Rappelons, enfin, et toujours, pour abréger cette énumération qui ne se veut pas exhaustive, que les prescriptions médicamenteuses sont, aussi, à l’origine de plusieurs milliers de morts chaque année, (« dont une fraction serait évitable ») !
Comme la langue d’Esope, le médicament peut donc être, c’est selon, la meilleure ou la pire chose du monde.

Dès lors, est-il envisageable, par un usage raisonné et raisonnable des médicaments, de réduire la morbidité attachée à la iatrogénie médicamenteuse, tout en préservant la qualité de vie des patients, sans perte de chance pour celui-ci, ni d’exposition à d’autres risques ?
A cet effet, plusieurs propositions susceptibles d’obvier aux dysfonctionnements répertoriés ont déjà été avancées ci-dessus, notamment :

– la réforme de la formation des médecins, tant initiale que continue,
– ou encore l’adoption d’une réglementation admettant l’absence de responsabilité professionnelle des médecins en cas d’aléas thérapeutiques non fautifs.
Il existe d’autres mesures allant dans le même sens. Parmi les plus importantes, on citera :

– la généralisation du dossier médical personnel ;
– l’adoption d’un moyen de communication partagé par tous les professionnels de la santé ;
– la revalorisation du statut et l’affirmation du rôle du médecin coordonnateur dans les ehpad ;
– un recours accru aux alternatives non médicamenteuses ;
– un accroissement du personnel qualifié au service des personnes âgées dépendantes, notamment dans les ehpad ;
– le développement de la recherche relative au médicament chez le sujet âgé.

Conclusion

Nonobstant les fantastiques progrès de notre médecine, les prouesses techniques dont elle fait preuve, sa capacité à repousser chaque jour les limites de la mort, force est de constater qu’elle entraine également de plus en plus d’effets délétères dont les conséquences peuvent être dramatiques.
L’espérance fondamentale de l’homme est-elle de repousser indéfiniment l’échéance de la mort à n’importe quel prix ou simplement d’espérer vivre le plus longtemps possible en bonne santé? c’est un véritable débat de société où la notion de prévention (insuffisamment relayée, enseignée) doit inévitablement prendre toute sa place!

En toute objectivité, il est nécessaire que les médecins se remettent en question, mais n’oublions pas notre propre responsabilité, à nous patients: combien de nos concitoyens supporteraient-ils de sortir d’une consultation médicale sans « un petit médicament »?

Quoi qu’il en soit:

Il est enfin temps que nos esprits s’ouvrent pour enrayer la spirale de la médicamentation à outrance et qu’on laisse la place à d’autres approches plus « douces et humaines », évidemment, en étroite collaboration avec la médecine conventionnelle.

Il est enfin temps de considérer qu’à chaque maladie/pathologie ne doit pas correspondre obligatoirement un médicament, mais plutôt une approche thérapeutique spécifique qui doit amener le patient à un meilleur état de santé.

Il est enfin temps de se diriger vers une vision plus holistique, prenant en compte le physique, le psychique et l’énergétique.

Il est enfin temps d’en arriver à une médecine intégrative, associant savoirs ancestraux, médecines « douces » et médecines modernes.

Sources Petit « Livre blanc » sur la iatrogénie médicamenteuse – GUY ARMENTIER – Images : Corps&Esprit

Notice :

Les informations diffusées sont données à titre non professionnel. Elles ne remplacent aucunement les visites médicales, les diagnostics et les traitements médicaux qui doivent être faits en fonction des situations particulières de chacun, et que seul un médecin, dont le titre est légalement reconnu en France, peut réaliser.

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