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L’entreprise en méditation. Effet mode ou nouvelle réalité ?

Pourquoi la méditation aurait-elle une place dans l’entreprise en 2015 ? Jeudi 15 octobre 2015 avait lieu la conférence « La méditation en entreprise : une clé pour le bien-être et l’efficacité ? » organisée par AKAYogi, à Paris.

Intervenaient Matthieu Ricard, chercheur, photographe et moine bouddhiste pratiquant la méditation depuis plus de 30 ans, Christine Barois, psychiatre et pratiquante de méditation, différents cadres entrepreneurs ayant abordé la question de la méditation dans leur entreprise et 2 instructrices du programme de méditation de Jon Kabat-Zinn, le programme Mindfulness Based Stress Reduction.

Est-ce un effet de mode ou un réel besoin dans le paysage actuel du monde du travail ?

Les recherches en neurosciences actuelles sur la méditation vont dans le sens d’une nette amélioration sur la santé physique, psychique et globale de la personne. Toutes ces approches dites psychocorporelles, dont la méditation fait partie, agissent sur notre réponse à la relaxation (H.Benson, 1976) qui contrebalance l’activation chronique de notre réponse au stress.

Les différents points d’impact dans le corps de la méditation ont été abordés lors de cette conférence et sont accessibles dans l’article sur les effets de la méditation du Huffington Post.

Comme le souligne Matthieu Ricard, dans cette actualité favorable à l’introduction de la méditation en entreprise, en tant qu’ outil d’amélioration de la performance, il est nécessaire de poser le cadre fondamental de la bienveillance. Proposer un outil pour augmenter la présence à soi et la performance dénués de cette bienveillance peut être la porte ouverte à une pression supplémentaire dans un contexte où la course à la productivité est un facteur majeur de burn-out.

De la fatigue empathique à l’amour altruiste…

« L’empathie consiste à ressentir ce que d’autres éprouvent et à entrer en résonance avec eux. Lorsque nous rencontrons un être transporté de joie, nous éprouvons nous aussi de la joie. Il en va de même pour la souffrance. Par empathie nous ressentons la souffrance qui accable l’autre. (…) C’est pourquoi, lorsqu’une personne qui éprouve spontanément de l’empathie est continuellement confrontée aux souffrances d’autrui, elle est constamment affectée par ces souffrances. Nous constatons que ceci arrive aux plus dévouées des personnes travaillant dans les services d’aide et de soin, tels que les professionnels de la santé. L’expérience répétée et profonde qu’elles font de l’empathie les conduit soit à développer le syndrome d’épuisement professionnel (l’incapacité de supporter les sentiments empathiques), soit à fuir les sentiments et les émotions d’autrui. »

C’est ainsi que Mathieu Ricard fait la différence entre l’empathie, et l’amour altruiste, une autre forme de présence et d’écoute bienveillante, qui nourrirait aussi la personne exposée aux souffrances d’autrui. Il se base sur les travaux de Tania Singer, spécialiste en neurosciences qui a mené une étude sur l’empathie et la compassion.

La question de départ : « Comment un professionnel des soins peut-il préserver l’ardeur de son empathie pour autrui tout en gardant intacts le courage et l’optimisme dont il a besoin pour aider ses patients ? »

Les méditants participant à l’étude découvrirent qu’un moyen de résoudre ce dilemme consiste à cultiver un amour et une compassion sans réserve pour la personne souffrante. Il s’agit là de bien plus que de simplement entrer en résonance avec les émotions de la personne qui souffre. Mathieu Ricard précise :  « Selon le bouddhisme, l’amour altruiste est une attitude qui consiste à souhaiter que les autres soient heureux et à rechercher les causes véritables du bonheur. Et la compassion est définie comme le désir de mettre fin aux souffrances d’autrui et à leurs causes. Un tel amour altruiste peut imprégner l’esprit au point qu’on peut en venir à ne rien souhaiter de plus que le bien-être de ceux qui souffrent. La compassion n’est rien d’autre que l’amour donné à ceux qui souffrent. Un tel amour compatissant peut neutraliser la détresse et l’impuissance engendrée par l’empathie appliquée seule, et produit des dispositions d’esprit constructives telles que le courage compatissant.

Un entraînement laïc à aimer la bonté et la compassion pourraient donc permettre au personnel soignant de mieux aider les patients souffrants, ainsi que les personnes soumises à un stress professionnel, sans que pour autant il présente ce débilitant syndrome d’épuisement professionnel, qui se développe fréquemment après une exposition prolongée à la seule empathie. »

L’amour altruiste serait donc l’étape suivant l’empathie, plus globale et protectrice.

Comme toute pratique psychocorporelle, il est bon de poser le cadre théorique et scientifique, mais aussi d’expérimenter. La connaissance se doit de passer par l’expérience. C’est ce que nous avons été invités à faire pendant 15 minutes avec une méditation guidée par Mathieu Ricard, basée sur l’amour altruiste.

2ème partie de la matinée, comment rendre accessible la pratique dans l’écosystème du travail? Comment accompagner cette prise de conscience qu’il y a un besoin réel à accompagner les personnes dans cette écoute de soi? Quels sont les moyens disponibles ?

Pour répondre à ces questions, 3 cadres de grandes entreprises sont venus témoigner de leur expérience personnelle et professionnelle de la méditation.

La proposition oratoire de 3 intervenants chacun à des stades de sensibilisation différente a été très pertinente : il est important de faire un état des lieux de base pour connaître les besoins des personnes sur le terrain, répondre à ces besoins de base et petit à petit apporter des propositions de programmes de méditation, en utilisant le langage et les codes de chaque entreprise.

Une des cadres a bien précisé l’importance d’accompagner ce changement des comportements, pour éviter l’effet mode « one shot » qui n’a aucun intérêt à moyen terme. Les pratiques de méditation sont effets bénéfiques quand appliquées régulièrement et dans la durée.

Un autre point intéressant souligné par Sebastien Henry, entrepreneur, auteur, méditant, et connecteur entre sagesse et business.

Il est possible de rentrer dans le monde de la méditation par plusieurs portes, mais dans tous les cas, la pratique apporte une meilleure connaissance de soi, de ses ressources intérieures et une performance améliorée.

          La porte la plus classique : la gestion du stress, mais aussi la bienveillance, la créativité, la justesse des décisions, et le 3ème volet : le leadership, l’engagement, et le positionnement de l’Ego.

Pour clôturer la matinée, une question d’un jeune cadre travaillant à Bouygues télécom qui organise un atelier hebdomadaire de méditation : « Comment apprendre à cultiver cet altruisme en dehors des 20 minutes de session de méditation par semaine ? »

Réponse de Mathieu Ricard que je vous propose d’expérimenter :

Toutes les heures, quand vous voyez quelqu’un de nouveau autour de vous, prenez 10 secondes pour lui envoyer une pensée altruiste, lui souhaiter d’être heureux. C’est une bonne gymnastique du cerveau limbique pour cultiver la présence à l’instant et sortir du bruit de fond des pensées, véritable pourvoyeur de stress. Dix secondes chaque heure éveillé, c’est 140 secondes, ce n’est que 2 minutes par jour, mais c’est déjà une mise en pratique régulière de la pleine conscience…

Références :

*Benson, Lazar et Al, Functional Brain Mapping of the relaxation repsonse and meditation, Neuro Report,15 May 2000 – Volume 11 – Issue 7 – p 1581–1585

**www.mathieuricard.org

** Singer et Al, Empathy for pain involves the affective but not sensory components of Pain, Science 303, 1157, 2014

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