Médecine intégrative : médecine du futur?
Grâce à vous : +1.000.000 vues +150.000 auditeurs +500 interviews

Médecine intégrative : médecine du futur ?

Que les thérapeutes séparent l’esprit du corps est une grande erreur de notre époque lors du traitement des êtres humains – Platon

Introduction

Dans un article précédent je concluais «Il est enfin temps d’en arriver à une médecine intégrative, associant savoirs ancestraux, médecines « douces » et médecines modernes », alors, bien évidement, ma réponse est… Oui, oui, oui!

Je ne reviendrai pas sur les limites actuelles de notre médecine conventionnelle, ni sur ses dérives mais si nous prenons un peu de recul, force est de constater que:

  • La dimension psychologique de l’individu est très souvent relayée à un second plan, voire totalement écartée, au profit du « productivisme » effréné des consultations médicales ne débouchant, quasi exclusivement, que sur un traitement symptomatique de la maladie.
  • Le manque de vision holistique de notre médecine, nous amenant de spécialistes en spécialistes qui, chacun équipé de sa propre « focale » sur la partie exclusive de sa spécialité, peut entrainer l’individu dans un « parcours du combattant » dont il ne se sort pas indemne aussi bien physiquement que psychologiquement.
  • L’individu n’est plus que le spectateur de sa propre maladie, ne pouvant plus se « raccrocher » à rien d’autre qu’au bon vouloir et/ou pouvoir de son médecin. Celui-ci, demeurant à tout jamais vassalisé par son « ordre » tout puissant et n’obéissant qu’ à la seule et unique vérité scientifique qui supposerait que tout ce qui ne se voit pas ou ne se mesure pas…n’existe pas!
  • La prévention, qui devrait être le premier « pilier » de notre santé, n’occupe pas la place déterminante qu’elle devrait avoir, notamment sur le plan des équilibres nutritionnels, physiques et psychiques. J’ai, ici, une pensée particulière pour nos enfants que l’on veut inconditionnellement tous transformer en « super-matheux » mais incapable de résoudre l’équation simplissime suivante:  Santé = Alimentation saine+ Activité physique+ Équilibre psychologique.
    La prévention santé ne devrait-elle pas être au programme de l’éducation nationale?, n’est-ce pas un sujet essentiel?…nous pourrions débattre des heures.

 

Qu’est-ce que la médecine intégrative ?

La population, notre monde et les maladies évoluent. Aujourd’hui les maladies chroniques l’emportent sur les maladies aiguës. Elles sont la première cause de mortalité (60%) et représentent près de la moitié des consultations médicales. A travers les handicaps qu’elles entrainent et l’inaptitude de notre système à les prendre en charge, elles deviennent un problème socio-économique majeur. En raison de la diminution des maladies aiguës et du vieillissement de la population elles prévalent de plus en plus. Le système médical actuel est mal adapté pour soigner les affections chroniques. Les consultations sont de plus en plus courtes et les protocoles de plus en plus standardisés. Les médicaments sont le plus souvent des « anti » ou des bloqueurs de la physiologie. Alors que les maladies chroniques nécessitent de redonner une physiologie opérationnelle au corps et à l’esprit pour les remettre dans une dynamique de vie. Ceci nécessite des consultations longues, une approche multidimensionnelle et individualisée et une prise en charge globale du terrain.

Il y a plus de 40 instituts universitaires de médecine intégrative en Amérique du Nord, y compris Harvard Medical School. Toutefois, ce modèle n’a pas connu la même expansion en Europe. En effet, il existe de nombreux thérapeutes de médecines complémentaires mais très peu de centres offrent une collaboration active pluridisciplinaire entre ces thérapeutes naturels et les médecins conventionnels.
La médecine conventionnelle s’est développée principalement autour du traitement des affections aiguës. La chirurgie, les médicaments, la spécialisation permettent aujourd’hui une approche protocolaire, souvent efficace pour traiter ces maladies. Mais l’utilisation des médicaments au long cours démontre de plus en plus leurs limites pour les affections chroniques. Les médicaments luttent contre des réactions chimiques souvent physiologiques et n’ont aucune capacité à s’adapter à une physiologie humaine en constant mouvement. On ne peut pas non plus envisager d’opérer en permanence. Il faut donc faire évoluer notre modèle de soin sans détruire le précédent.
L’analyse des données épidémiologiques montre aussi la nécessité d’une évolution de la médecine :

  • Croissance de la prévalence des patients souffrant de maladies chroniques.
  • Vieillissement de la population.
  • Système de santé hyper spécialisé : les patients chroniques ont besoin d’une approche holistique et multidisciplinaire que les spécialistes ne peuvent offrir.
  • Demande des thérapies complémentaires a augmenté de 120 % de 2002 à 2012.

Dans ce contexte, il est nécessaire de créer un espace de santé et des propositions thérapeutiques adaptées aux différentes maladies et à leur prévention. La médecine intégrative est un modèle médical qui propose des traitements multidisciplinaires à l’aide d’outils diagnostics et thérapeutiques multiples dans le respect des choix du patient et de ses particularités. Il s’agit donc d’intégrer la médecine scientifique conventionnelle, les médecines plus naturelles ou complémentaires et les thérapies de style de vie comme le sport, les thérapies de gestion du stress, la nutrition et le coaching de vie. Ce modèle a montré d’excellents résultats dans le traitement des patients chroniques.
La méthode intégrative repose sur l’idée que les maladies chroniques se produisent en raison d’un changement dans l’équilibre physiologique, biologique et psycho-émotionnel du patient. La prise en charge des patients nécessite des consultations médicales conventionnelles et des consultations de médecines complémentaires. Ces différentes approches permettent une évaluation des états nutritionnel, neuropsychologique, immunitaire, micronutritionnel et génétique.



Le projet thérapeutique ou préventif est ensuite réfléchi entre les thérapeutes et avec le patient.



Les outils thérapeutiques seront choisis parmi les médecines conventionnelles et complémentaires. On peut donc trouver conseils nutritionnels et compléments alimentaires, psychothérapies, méditation, coaching de vie, ostéopathie/chiropraxie, yoga thérapie, musicothérapie, Qi gong, Pilates, physiothérapie/kinésithérapie, oxygénothérapie, sauna, acupuncture, auriculothérapie, phytothérapie, homéopathie avec ou sans médicaments…

La médecine intégrative est née d’un groupe de médecins dans les années 90 qui ont souhaité ne pas suivre le mouvement médical de cette fin du vingtième siècle, conscients qu’il nous menait dans une impasse. Aux Etats-Unis, le Duke Center for Integrative Medecine https://www.dukeintegrativemedicine.org, les cliniques du stress de Jon Kabat-Zin ont été les pionniers de cette approche. En Europe, on peut citer comme précurseurs le centre ressource d’Aix-en-Provence http://www.association-ressource.org, le docteur David Servan-Schreiber, le magazine Santé intégrative http://www.santeintegrative.com le docteur Thierry Janssen, le Bristol Health Cancer. On trouve encore aujourd’hui, d’un côté une médecine se disant scientifique, s’affirmant basée sur la preuve, faisant la promotion de protocoles et ne vénérant comme seul Dieu de la recherche que les études en double aveugle et de l’autre de multiples approches complémentaires ou alternatives ancestrales ou modernes.
Le médecin et les thérapeutes sont confrontés lors de chaque consultation à une personne en souffrance ou souhaitant la prévenir. Faire entrer cette personne dans une case pour qu’elle suive un parcours préalablement fixé par quelques grands aéropages de la médecine, n’a pas de sens. La démarche cartésienne qui consiste à penser qu’en divisant à l’extrême et en étudiant les plus petits détails on permet de comprendre et d’apporter une solution à une situation donnée n’est pas applicable à un système complexe comme l’être humain. Force est de constater que les médecines complémentaires n’apportent pas les solutions à tous les problèmes et qu’elles ont leurs limites. Certains ayatollahs ou gourous de ces voies alternatives en font pourtant la voie unique pour accéder au bien-être, plusieurs procédures judiciaires ont clairement démontré qu’il n’en est rien.
Au milieu de ce champ de bataille des médecines conventionnelle et complémentaires, le patient y perdait et y perd souvent la tête.

Il est donc tout à fait naturel que certains hommes en quête de sens aient fait émerger une nouvelle pratique et un nouveau concept : la médecine intégrative. Celle-ci cherche à donner une juste place à de multiples outils et courants thérapeutiques dans le respect de leurs particularités et dans la prise en considération de quelques notions fortes de la fin du vingtième-siècle :

  1. Le réseau : la mise en relation de la médecine conventionnelle avec les médecines complémentaires et les psychothérapies permet de créer une nouvelle force de soin au service du patient. Le réseau c’est aussi celui formé par la famille, la société, les thérapeutes dans lequel chaque individu doit avoir sa place.
  2. L’unicité : les êtres humains sont différents les uns des autres, ils sont donc tous uniques. D’où l’importance des différentes méthodes thérapeutiques et de la relation thérapeutique, seule capable de reconnaître cette unicité.
  3. La Globalité et la multidimensionalité : les différentes fonctions et organes qui composent et caractérisent le corps humain sont indissociables. Ceci s’applique donc particulièrement au corps et à l’esprit. D’où la nécessité de la prise en compte de la dimension psychologique d’une maladie et l’importance des différentes psychothérapies ou méthodes de développement personnel (relaxations, yoga, méditations, etc.). Cette globalité s’applique aussi au monde et à la société, les liens que nous entretenons avec notre environnement sont tout aussi déterminants pour l’état de santé.
  4. Les preuves scientifiques : les évidences scientifiques existent tant au niveau de cas individuels, parfois difficiles à reproduire, qu’au niveau des grands groupes de personnes. Il est important de diversifier les modes de validation en les adaptant à chaque thérapie. La méthodologie pour démontrer l’efficacité des médicaments est différente de celle que l’on applique pour valider des thérapies complémentaires, il n’en demeure pas moins que la validation pour sortir de la croyance est importante.
  5. La systémique : chaque être humain est un système complexe dont l’analyse passe par une approche systémique. Les méthodes remplacent les protocoles. Le pouvoir d’auto-organisation d’un système pour maintenir sa stabilité dans le temps et dans son environnement est extrêmement puissant. L’étendue de notre ignorance n’est pas un frein, mais une certitude qui n’empêche pas l’intervention. L’observateur devient un acteur. L’évaluation ne peut être dissociée de l’intervention.

Tout ceci entraîne une forme de sagesse nécessaire à tout thérapeute intégratif, particulièrement le médecin, avec cette nécessité de renouer avec l’essence de la philosophie : la recherche de la sagesse.


Conclusion

Une nouvelle aire s’ouvre à nous, celle de l’individualisation des soins par la pluridisciplinarité et la complémentarité des approches thérapeutiques. Celles-ci, dans leur synergie, permettrons une efficacité décuplée et une « responsabilisation » des patients devenant, ainsi, acteur de leur propre guérison.

Cette ouverture globale des esprits doit nous permettre de mettre en oeuvre, une nouvelle vision de la médecine, une médecine holistique appréhendant l’être humain dans sa globalité physiologique, psychologique et émotionnel .

Rappelons-nous de la définition de la médecine (petit Larousse):
Ensemble des connaissances scientifiques et des moyens de tous ordres mis en œuvre pour la prévention, la guérison ou le soulagement des maladies, blessures ou infirmités.

A ce titre, devons nous considérer cette médecine intégrative comme une vision moderne de la médecine ou un retour à ses propres principes fondateurs? Peut importe après tout, ce qui doit dorénavant primer sur toutes les considérations personnelles et orgueilleuses, au delà de toutes les « batailles de chapelles » , c’est… l’efficacité!

Bien évidemment, les efforts seront à fournir par tous et pour tous, du Médecin à l’Ostéopathe, du Sophrologue au Phytothérapeute, du Naturopathe à l’Homéopathe , et de toutes les disciplines précédemment citées dont les bienfaits ne souffrent d’aucunes réserves.

Inspirons nous de nos amis Nord- Américains et Helvètes !

Enfin, on ne le répétera jamais assez, la prévention doit être le socle de notre santé, de nombreuses pathologies directement responsables chaque année de millions de décès ou de troubles fonctionnels pourraient être évitées ou atténuées en mettant en application quelques règles d’hygiène de vie très simples. C’est par exemple le cas de nombreuses pathologies cardiovasculaires, du diabète (2), des maladies auto-immunes….de ce qu’on appelle, de manière générale, les maladies de civilisation qui représentent aujourd’hui une des principales causes de mortalité dans le monde.

A nous tous et aux experts de la santé d’inventer maintenant une nouvelle voie…

Sources :
Consortium of Academic Health Centers for Integrative Medicine
Santé intégrative
Institut de médecine intégrative (et image)

S'abonner gratuitement pour ne rien manquer des nouveautés