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Comment revendre des médicaments anti-cancer périmés en France ?

Voici encore un scandale sanitaire soigneusement couvert en France qui devrait faire réfléchir les médecins et les patients sur la capacité sans limite que les firmes pharmaceutiques développent en permanence pour générer toujours plus de chiffre d’affaire (1). Alors qu’un article récent venait déjà nous confirmer que les vaccins pour nourrissons pouvaient parfaitement générer un surcroît de mort subite naturellement escamoté des statistiques (2), une sombre affaire de trafic… de médicaments anticancéreux périmés peine à voir le jour en France.

Il existe dans la pharmacopée internationale depuis les années 1960 un puissant agent alkylant, le Thiotepa©, capable de bloquer la réplication des chromosomes donc les cellules cancéreuses se reproduisant à très haute vitesse on comprend aisément l’intérêt thérapeutique de telles molécules.

Le Thiotepa© trouvait ainsi depuis des lustres un emploi régulier dans le traitement des cancers de l’ovaire, de la vessie, du sein et des leucémies de l’adulte comme de l’enfant. Les posologies d’administrations étaient évidemment précises, variant en fonction des indications entre 3,38 à 8,10 mg/kg/j et la dose toxique totale devant faire interrompre tout recours ultérieur au produit avait été fixée à 10mg/kg. En clair, même si un patient paraissait répondeur au produit mais s’approchant du seuil maximal des 10mg/kg, toute administration supplémentaire devait être récusée. En médecine tout compte.

 

De la remballe dans les produits anti-cancéreux

Ce Thiotepa© était initialement synthétisé par le laboratoire allemand Riemser pour une revente à la société luxembourgeoise Alkopharma SA (basée en Suisse, pour plus de transparence certainement) dont l’objectif industriel consistait à revendre le médicament… A la France. Le produit reconstitué disposait d’un délai d’utilisation très court, 18 mois à partir duquel la destruction spontanée et régulière de la molécule ne permettait plus d’assurer un titrage correct du produit résiduel. Le scandale commence ici mais les versions divergent.

Selon Swissmedic, autorité de régulation du médicament suisse, il est certain qu’une salariée employée par une société-filiale (écran?) dite Genopharm elle-même filiale d’Arkopharm (double-écran?) se trouvait régulièrement embarrassée par un lot conséquent d’invendus et se livrait donc à un remplacement d’étiquettes d’ampoules avec de nouvelles dates de péremption pour pousser leurs ventes jusque… sept ans après les dates de péremptions initiales, entraînant des chutes conséquentes de plus de 15% du principe actif. Pas moins de 100.000 doses dégradées auraient ainsi été administrées aux malades par ce procédé, rien que pour la France, amoindrissant évidemment les chances de guérison de 2000 patients entre 2007 et 2011 (3).

Selon la défense de la société Genopharm, bien au contraire le patron de cette société, Valery Monin, n’est qu’une victime d’attaques injustifiées de la part de la société Riemser qui serait à la base de toute cette cabale. L’Avocat de Genopharm (et de Genopharma, Alkopharm, Alkopharma, à la fin on ne sait plus trop, mais c’est le but) contre-attaque alors pour tromperie, faux témoignage et dénonciation calomnieuse. C’est oublier bien vite que le pot-aux-roses a été dévoilé par la Société Riemser pour dénoncer une quantité notoirement insuffisante des produits résiduels dans les conditionnements Genopharm-Arkopharm-Arkopharma-Genopharma…

On peut éprouver une nausée certaine à ce stade du dossier mais on la ressentira bien plus avec ce qui va suivre. D’abord la justice suisse condamnera quatre anciens responsables d’Alkopharma à des amendes dérisoires (quelques milliers de francs suisses) en 2016 car le Tribunal ne retiendra pas contre eux la mise en danger de la santé des patients, même si Swissmedic déposera en réponse un recours contre cette condamnation en affirmant que « la distribution d’un produit contenant une concentration moindre du principe actif revêt une gravité toute particulière car les patients traités avec des lots non conformes n’ont pas obtenu la quantité nécessaire à leur traitement ».

 

De l’absence de toute conséquence grave d’après nos grands commis d’Etat

Qui pourrait opposer une analyse différente face à tant de bon-sens? Et bien notre nausée grandira à la lecture des communications du Dr. Dominique Maraninchi par exemple, ex-patron de l’ex-AFSSAPS en 2011 (4)(5), cancérologue de profession, probablement soucieux d’éviter les vagues inutiles il osera nous refaire le coup du nuage de Tchernobyl s’arrêtant pile à nos frontières en expliquant « qu’en matière de santé publique, il est important de préciser que malgré le sous-dosage qui est une pratique condamnable, il n’y a pas eu de perte de chances pour les malades« . Sur la base de quelle étude, de quel argument scientifique?

Peut-on vraiment doser les médicaments anti-cancéreux à la louche à 15% près en plus ou moins sans conséquence pour la qualité des traitements prodigués?

On peut évidemment respirer en se souvenant que l’AFSSAPS a été dissoute en 2012 suite à l’affaire Mediator du groupe Servier, et remplacée par l’ANSM (6) car tant d’incurie de la part des dirigeants de l’époque nécessitait évidemment une remise à plat complète des organigrammes. Ouf!

Mais on retourne en apnée profonde en réalisant que pour parfaitement montrer le coup de balai définitif l’Etat a renommé en 2012 le Dr. MaraninchiDirecteur Général de l’ANSM sans oublier que l’année précédente pour bien le punir on lui avait attribué en plus le grade d’officier de la Légion d’Honneur! (7)…

Sombrons toujours plus, allons rejoindre toutes les épaves marines…

Si la justice suisse a certes rendu un jugement en 2016 peu reluisant mais abouti, mais où en sommes-nous rendu en France en 2018 ? Nulle part, l’enquête du Juge d’Instruction pour « tromperie aggravée, falsification de substance médicamenteuse, faux et usage de faux » est rendue depuis plusieurs années et le dossier prend tranquillement la poussière sur une étagère de l’un de nos Palais de Justice parisiens.

Pourquoi le secteur de la Santé est-il à ce point malade des turpitudes des firmes du médicament, ça…

 

Sources :

(1) http://www.leparisien.fr/faits-divers/thiotepa-l-anticancereux-qui-paralyse-la-justice-05-01-2018-7483980.php
(2) https://aimsib.org/2018/02/18/a-chers-confreres-affranchis-discours-convenus-2eme-partie/
(3) http://sante.lefigaro.fr/article/100-000-doses-d-un-anticancereux-perime-ont-ete-vendus-en-france-entre-2007-et-2011/?utm_source=CRM&utm_medium=email&utm_campaign=%5B20180116_NL_SANTE%5D&een=4a7266f3b6f80770d2ffa39cd87eb16c&seen=6&m_i=woFKKu6XV1ZWJQ5BBOtNQhy5ujIfB7a015C9R6iGpPWZEkOwy2WYb_G5AMRmuY86GYZfo0r3gTDYqT6mDc1o0G2rOJ4_CnKMwr
(4) http://sante.lefigaro.fr/actualite/2011/11/17/15822-il-ny-pas-eu-perte-chances-pour-malades
(5) http://www.hosmat.fr/hosmat/ansm/rapport-activite-2011.pdf
(6) http://solidarites-sante.gouv.fr/ministere/acteurs/agences-et-operateurs/article/ansm-agence-nationale-de-securite-du-medicament-et-des-produits-de-sante
(7) http://www.rtl.fr/culture/medias-people/legion-d-honneur-les-promus-du-14-juillet-7702848483
Crédit photo : Pixabay

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4 Commentaires

  1. Isabelle

    Bonjour,

    Doc, pardonnez-moi, n’étant pas médecin, vous avez sans aucun doute raison, et je ferais mieux, parfois, de mettre la souris en vacances.

    C’est mignon tout plein de me souhaiter de n’avoir jamais à prendre de traitement chimio. Merci Doc. Etant de ceusses, qui pensent, si cela est encore permis, que la chimio fait plus de mal que de bien, et qu’affamer les cellules cancéreuses en pratiquant le jeûne, pourrait être moins mortel. D’où ma déduction: traitement périmé = principe actif HS = moins nocif pour le corps.

    Voila Doc! Après tout l’idée du jeûne peut sembler tout aussi farfelue, excentrique que le sérum de Quinton et la méthode Gardelle ……. et pourtant!

    Iridologie. N’auriez vous pas un petit calcul qui traîne quelque part dès fois?

    Pour la peine, avec grand respect, bisous sur le nez et gratouilles derrière les n’oreilles. 🙂

    Réponse
  2. Doc s'en Mèle

    Vous insinuez que les agents alkylants utilisés en chimiothérapie sont dénués de principe actif? Je ne vous souhaite pas d’avoir à vous soumettre à un traitement pareil, vous allez changer d’avis!

    Réponse
  3. Isabelle

    Bonsoir, et merci,

    « sept ans après les dates de péremptions initiales, entraînant des chutes conséquentes de plus de 15% du principe actif. »

    Ben si cela se trouve, les bénéficiaires de ce traite ment, principe actif quasi nul, sont en meilleure forme que les autres, principe actif fort.

    Bien à vous,

    Salutations coeurdiales à toute l’équipe de Déborah, 🙂

    Réponse
    • Deborah Donnier

      Merci pour votre fidélité Isabelle 🙂

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