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De l’Amour Fusionnel à l’Amour Véritable

Aimer, être aimé et… être borderline : pas facile ! La relation amoureuse est pour le borderline source de beaucoup de souffrance. Et tout autant pour son compagnon. C’est pourquoi il semble utile de prendre le temps de se pencher sur ces « cas limites », d’essayer de les comprendre mieux, de les aider, voire de leur permettre… d’être heureux!

I. Qui est le borderline ?

Généralement, le borderline ressent :

  • une inconsistance identitaire
  • un vide chronique
  • une peur de l’abandon

Il va sans cesse demander à être rassuré. Une attitude qui, à la longue, fatigue ses proches qui finiront par s’éloigner de lui. Ce qui renforcera la croyance limitante du borderline «lorsqu’on découvre qui je suis vraiment on me quitte ! Je ne mérite pas d’être aimé». Penchons-nous sur le borderline dans le couple

1. Le borderline fait « des efforts effrénés pour éviter un abandon réel ou imaginé »

Quoi que fasse son partenaire le borderline interprète constamment ses gestes comme un signal de départ. Pris de panique, il active soit la rage, soit le désespoir et supplie son partenaire de rester. (par exemple : l’être aimé doit effectuer des déplacements à l’étranger une fois par mois ou bien doit changer ses horaires de travail, ou décaler les prochaines vacances. Le borderline va prendre cela pour une mise à distance).

2. Le borderline a des relations interpersonnelles instables et intenses, caractérisées par l’alternance entre positions extrêmes d’idéalisation et de dévalorisation (clivage)

Le borderline va chercher à l’extérieur ce qu’il n’arrive pas à se donner à lui-même telles que :

  • l’estime de soi
  • l’approbation
  • la reconnaissance
  • une consistance identitaire

Le borderline attend que son partenaire lui donne l’amour infini, permanent et inconditionnel qu’il n’a pas eu dans l’enfance. La perspective de perdre cet amour équivaut à une forme de mort : si l’être qu’il aime l’abandonne alors il n’existe plus. Il est anéanti.
Comme le borderline ne s’aime pas, ne s’estime pas, il va douter de l’amour que son entourage lui porte. Il va alors guetter les moindres indices prouvant qu’en effet on ne l’aime pas vraiment.
Dans ce cas le borderline peut :

  • quitter avant d’être quitté
  • avoir des colères incontrôlables
  • s’effondrer
  • chercher à se mutiler, à se faire du mal d’une manière ou d’une autre
  • tromper son partenaire

3. Le borderline à une perturbation de l’identité : instabilité marquée et persistante de l’image ou de la notion de soi. Le sentiment chronique de vide.

En l’absence de consistance identitaire, le borderline sera balloté par le regard que les uns et les autres portent sur lui. Il recherche constamment un appui car, ayant été souvent déçu, il ne fait plus confiance à quiconque.
Si on se réfère au triangle de Karpman (bourreau-victime-sauveur), il en ressort que le borderline est soit victime, soit sauveur.

Dans le rôle du sauveur il tente de se revaloriser à ses propres yeux, de se « renarcissiciser », de se donner une consistance. Avoir une raison d’être apprécié et aimé pour remplir le vide.

4. Le borderline est impulsif dans au moins deux domaines potentiellement dommageables (dépenses compulsives, sexualité, toxicomanie, conduites à risque, troubles alimentaires)

Les borderlines ont souvent des relations amoureuses particulièrement destructrices. comme dans le cas d’une dépendance à une drogue dure, ne peuvent rompre et stopper la relation toxique. Ils souffrent mais ne peuvent se passer de la relation qui leur fait tant de mal.

5. Le borderline souffre d’une répétition de comportements, de gestes, de menaces suicidaires ou d’automutilations

C’est certainement la raison qui fait dire à certains que le borderline est manipulateur. Hors, lorsque le borderline perçoit des messages (réels ou imaginés) de risque d’abandon, il va à sa façon, mettre en place un appel à l’aide (que nous pouvons prendre pour du chantage ou de la manipulation). En ce faisant du mal, le borderline, tente à la fois de faire taire sa souffrance et de faire revenir l’être aimé.

6. Le borderline souffre d’instabilité affective due à une réactivité marquée de l’humeur

Le borderline peut passer de la colère à la dépression. De la dépression à l’irritabilité. De l’irritabilité à l’anxiété. C’est pourquoi notamment les TPL (les borderlines) sont confondus avec le trouble bipolaire.
Cette instabilité de l’humeur use et fatigue moralement le partenaire du borderline. Il ne sait plus quelle attitude adopter, ignorant comment il va être accueilli. Le partenaire va alors « marcher sur des « oeufs » et souvent culpabiliser « c’est de ma faute, je n’aurais pas du plaisanter ainsi », « c’est moi qui ai abordé ce sujet. j’aurais du me taire », « c’est de ma faute, je n’aurais pas du exprimer mon besoin »

II. Les modèles de couples

Les difficultés que les borderlines rencontrent dans leurs relations amoureuses valent la peine d’être regardées de plus prés. Voici quelques modèles de relations amoureuses dans lesquelles se retrouvent les personnalités limites.

Choisissons l’option où c’est la femme qui est borderline et non son partenaire.

Modèle 1 : « Tu es tout pour moi » ou : une borderline qui rencontre un autre borderline.

C’est l’association de deux hypersensibles et de deux insécurisés; association qui va obligatoirement faire des étincelles.
La relation démarre sur les chapeaux de roues où fusion et idéalisation constituent la trame de fond de ce nouvel amour. Puis cette relation passionnelle passe de l’idéalisation « tu es le seul, l’unique » à la dévalorisation « tu me déçois » ou « tu ne me rassures pas ».
Comme le borderline est dans un clivage (idéalisation/dévalorisation) constant, il passe du bon objet au mauvais objet en un rien de temps. Le partenaire passe du « prince/princesse charmant(e) » à « l’homme/la femme fatal(e) » en quelques semaines ou quelques mois.
L’un et l’autre vont trouver leur drogue (cet amour qu’ils ressentent l’un pour l’autre) et s’autodétruire dans cette relation. L’un comme l’autre est hypnotisé par un mirage qui se définit par

Cette personne va me donner tout l’amour du monde. Tout cet amour qui me manque tant – pour finir par – Tu es celui/celle qui me fait le plus souffrir au monde.

Modèle 2 : « Je n’aime que des hommes indisponibles, de préférence mariés »

La personnalité borderline ayant un grand manque affectif, une peur viscérale de l’abandon et un furieux non amour de soi, pourra, dans ce type de relation, revivre son drame personnel (ou son traumatisme)
Pour certains cette situation amoureuse sera un moyen d’être dans la compulsion de répétition : la répétition du triangle oedipien :

  • PAPA-MAMAN et MOI
  • Mon amoureux sa Femme et Moi

Cette situation est l’équivalent d’une prise de drogue quotidienne où le manque chaque jour fait place à l’ivresse des débuts de la relation.
Cette situation peut durer plusieurs mois voir plusieurs années ou toute une vie. Cette relation sera ponctuée de tentative de suicide, de chantage affectif, de ruptures et de retrouvailles.

Modèle 3 : « on se quitte pour se remettre ensemble puis pour se quitter et se remettre ensemble…. »

Ce modèle peut-être associé au précédent. La borderline ayant continuellement peur d’être quittée, abandonnée et rejetée; va préférer orchestrer ce qu’elle redoute. Moyen de ne pas subir et de ne pas être prise par surprise. Elle va alors quitter au moindre signe (réel ou imaginé) d’abandon pour éviter de revivre le premier abandon de sa vie. Elle se donne une illusion de maitrise et se rassure en se disant qu’ainsi son partenaire n’aura pas eu le temps de découvrir sa part sombre (à quel point elle ne « vaut pas le coup »).

Ce n’est que quelques jours, voire quelques mois plus tard, qu’elle réalisera son erreur et souffrira que son partenaire ne fasse pas tout pour la récupérer. Commencera alors de longues journées d’attente et se mettra en place le syndrome de Pénélope. L’attente toujours l’attente….jusqu’à ce qu’il revienne… ou pas ou… plus du tout.

Modèle 4 : « Je n’ai que des relations de courtes durées »

Ce modèle va entretenir une forte dévalorisation de la femme borderline qui se croit incapable de garder quelqu’un ou incapable de rester en couple. Elle va donc se juger, se critiquer, s’en vouloir de ne savoir ni recevoir ni donner de l’amour.
Et plus elle va se dévaloriser moins elle va s’aimer. Son résultat sera de souffrir encore davantage de solitude et de se sentir abandonnée de tous.

Modèle 5 : « J’aime celui qui m’aime mal ou me fait du mal »

La borderline ne s’aime pas. Dans ce non-amour (inconscient bien souvent) elle va choisir un être à l’image de ce non-amour. Elle va, d’instinct, rencontrer des personnes incapables de lui prodiguer des gestes d’affections, de l’attention, de la compréhension. Elle va trouver un être froid et distant. Et comme la borderline doute d’elle-même, elle va penser que l’attitude de son conjoint est normale et que sa demande à elle est exagérée.
Une de mes patientes est en couple avec ce type d’homme depuis presque 10 ans. Elle souffre de sa distance qui se manifeste également au quotidien. Ainsi, il marche toujours plus vite quelle, la devançant constamment d’au moins trois pas. Durant de nombreuses années elle s’est adaptée à son rythme, accélérant pour le rejoindre. A présent, depuis sa thérapie, elle a décidé de ne plus lui courir après. Elle a compris qu’il la fuit mais ne veut pas la perdre.
Dans ce modèle de relation la femme borderline va alors sentir se réactiver la peur de l’abandon, la dévalorisation et le manque affectif : encore une relation toxique qui accentue la souffrance.

Modèle 6 : « Ce n’est pas moi c’est l’autre » ou « C’est toi la folle »

Ce modèle est une situation très complexe pour les psychothérapeutes car : le borderline est-il celui que l’on croit ?
Imaginons donc que monsieur découvre que sa femme est borderline. Face à la demande d’amour de celle-ci il ne fait que répondre « ta demande est liée à ton trouble borderline, je ne peux donc rien faire et c’est toi qui en demande trop ».
Mais on peut aussi s’interroger : que fait cet homme avec une femme qui demande chaleur, écoute et compréhension alors qu’il est incapable de démonstration affective? Sa femme souhaite avoir à ses côtés un homme vraiment présent et non, alternativement, enfant ou adolescent. Elle dit avoir un mari toujours absent et ce depuis la naissance du premier enfant. Depuis cet homme n’a plus la même qualité de présence ce qui entraine chez sa femme encore une fois un sentiment d’abandon, de rejet et la sensation de ne pas compter.

Modèle 7 : « Je m’amourache de ceux qui ne m’aiment pas »

Vous l’aurez compris une fois de plus : voici une situation qui va pouvoir alimenter les croyances limitantes de la personnalité borderline « Normal je ne vaux rien. Je suis nulle. Pourquoi m’aimerait-on ? »
Dans ce type de relation stérile, la borderline se sentira encore plus seule, encore plus incomprise, encore plus victime de la vie. Elle sera tour à tour désespérée, en colère et fataliste. Elle pourra focaliser sur la mauvaise personne pendant un certain temps et, malheureusement, elle ne lâchera son obsession qu’en jetant son dévolu sur un autre homme tout aussi indifférent.
Là encore, la borderline rejoue certainement son drame personnel. Quel parent ne l’a pas aimée ou beaucoup trop aimée ou mal aimée ?

Ce rapide constat des modèles amoureux de la femme borderline permet de confirmer, qu’en tant que psychothérapeute, il est indispensable d’axer notre accompagnement sur :

  • la prise de conscience du patient face au choix de son ou ses partenaires. Lorsque la patiente comprend que ces rencontres ne sont pas dues uniquement au hasard, elle comprend qu’elle peut CHOISIR ! Ainsi le psychothérapeute peut lui faire prendre conscience du type de personne qui est bon pour elle, du type qui est destructeur.
  • la réconciliation avec soi-même. Le psychothérapeute va aider sa patiente borderline à se réconcilier avec elle-même, à s’aimer davantage afin de stopper le processus d’autodestruction. Cela facilitera d’autant sa décision de choisir le bon partenaire.
  • l’apaisement des émotions du passé. L’acceptation des événements traumatisants du passé seront une étape indispensable en s’aidant de techniques comme l’hypnose ericksonienne, la PNL ou l’EMDR

La psychothérapie peut leur permettre de rester hyper dans les domaines positifs de leur vie (créativité, inventivité, compétences professionnelles et artistiques). La thérapie peut les aider à canaliser leurs émotions dans certains domaines, principalement dans les relations interpersonnelles.

  • N’ayons pas peur des borderlines. Ils sont hypersensibles, souvent hyper intelligents et hyper créatifs. Ils sont hyper en tout!
  • Proches de borderlines, évitez de les étiqueter car un borderline ne supporte pas d’être stigmatisé, marqué et différencié. S’il y a lieu de le différencier alors faites-le en mettant en valeur ses qualités, car il en a de nombreuses.
  • Être qualifié de borderline peut être vécu par le sujet comme le pire des rejets.
  • Proches de borderline, valorisez cet être que vous aimez. Aimez-le, dites-le lui et démontrez votre amour.
  • Ne le jugez pas, ne le rejetez pas.
  • Osez poser les limites et surtout soyez toujours là, constant et fiable.
  • Accompagner les personnalités borderlines est une réelle richesse pour leur authenticité, leur dimension affective et leur dimension créative. Ils sont entiers et exigeants et donc font de nous de réels psychothérapeutes.

Auteur : Géraldyne Prévot-Gigant

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4 Commentaires

  1. Blondel Nadia

    Bonsoir, j ai vécu pendant 16 ans avec un homme borderline, je ne le savais pas, je l ‘ai appris il y a seulement 2 ans et depuis je comprends enfin tout, je revis et je ne culpabilise enfin plus, j ai vecu des situations tres difficiles, ce que je croyais
    etre un trait de caractère etait en fait du a sa maladie et aujourd(hui il est en fuite depuis 3 mois. le gros problème ce sont mes enfantsil ils ont aussi ete tres malheureux du comportement de leur pere et n ont pas toujours
    compris son comportement pour mes garcons de 13 et 14 ans ca peut aller, mais pour ma fille de 7 ans c est une tragédie de ne plus voir son pere, il n ai jamais parti aussi longtemps, je ne sais pas comment leur expliquer pour qu’ils ne souffre pas
    trop.
    merci pour votre reponse et vos conseils

    Réponse
  2. Annick lhouillier Denhez

    Merci à toute votre équipe pour votre travail de vulgarisation dans le bon sens du terme et votre esprit de partage qui me permet de partager à mon tour internet est un merveilleux outil pour faire circuler l’information et rapprocher les hommes.la vraie richesse étant intérieure et le temps un luxe car je suis retraitée,vous m.offrez la possibilité de m.enrichir encore en partageant ce qui me procure beaucoup de joie. Longue vie à prévention santé. Annick lhouillier Denhez

    Réponse
    • geraldynegp

      Merci à vous Annick pour votre retour si positif. Oui, longue vie à Prévention Santé. Avec toute notre gratitude.

    • Déborah Donnier

      Merci à vous deux, gratitude tout plein 🙂

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