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Éloge de la masturbation féminine

Lorsqu’on écoute le discours global autour de la masturbation, on a l’impression que seuls les hommes s’y adonnent. C’est comme si les femmes n’avaient pas de désir, pas de poussées hormonales, pas d’excitation (ah bon?!). La masturbation féminine est peu évoquée et reste encore très tabou, même aujourd’hui, alors que tout est sexualisé (les pubs, le cinéma, etc.). Même entre copines lorsqu’on parle de sexualité, on évite souvent soigneusement d’aborder le sujet… Or, la masturbation féminine existe bel et bien, et a plein d’utilités, ce que nous allons voir ensemble plus loin.

Mais déjà, pourquoi est-ce tabou ?

Malgré cette pseudo-libération sexuelle actuelle qui affiche du sexe partout, l’héritage judéo-chrétien dans lequel est plongée notre chère société fait toujours rage et nous sub-communique encore que le corps, le sexe, tout ça c’est sal.

De plus, la femme a longtemps été considérée comme un être non désirant, qui s’accomplit uniquement dans la maternité. La sexualité était alors tolérée dans une perspective uniquement procréative, mais surtout sans fantaisie ni plaisir. Pas très olé olé tout ça !

Surtout, et c’est ça qui est plus grave, les femmes manifestant leur désir sexuel étaient considérées comme malades, et devaient être soignées (voir article précédent sur le livre « Technologies de l’orgasme »). La masturbation était alors l’un des symptômes de l’hystérie, cette « grave maladie » inventée par les médecins de l’époque. En somme, on a tenté pendant des siècles de museler la sexualité féminine, quelles que soient ses manifestations (certains auteurs pensent qu’elle faisait peur aux hommes, et que c’est pour cela qu’ils l’ont contenue aussi longtemps), et on porte encore malheureusement les vestiges de tout cela.

Ce n’est pas le cas de ces messieurs, chez qui la présence de la pulsion sexuelle était considérée comme normale (même sous le sceau de la religion) ; il était donc acquis qu’ils la manifestent et se soulagent (eux-mêmes ou en charmante compagnie…). Alors je ne dis pas que la sexualité masculine est plus simple, loin de là, je dis juste qu’au niveau historique, on ne part pas du même point, et que le poids des interdits est tout de même plus important chez les femmes…

Quelques mots maintenant sur ce qu’on appelle la sexualité infantile.

Je parlerais d’ailleurs davantage de sensualité, dans la mesure où justement, ces comportements ne sont pas sexualisés. L’enfant, et ce depuis son plus jeune âge, part à la découverte de son corps, il l’explore, il en touche et caresse toutes les parties, y compris son sexe, ce qui lui procure des sensations agréables. Or, ça n’a rien de déplacé, il touche son sexe comme il touche ses mains ou ses pieds (il ne fait d’ailleurs pas la distinction entre ces différentes parties), en s’attardant simplement sur ce qui lui fait du bien. Cela ne devient sexualisé qu’à partir du moment où il a l’appareil psychique pour comprendre ce qu’est la sexualité, et lorsque son système hormonal se met réellement en route (puberté). Ce sont les adultes qui en réalité projettent sur lui leur propre gêne. Pour eux, ce comportement est sexualisé, « ne se fait pas en société » (voire « ne se fait pas » tout court…), et ils ne manquent pas d’en faire part à l’enfant, qui se voit alors tantôt disputé, tantôt sommé de faire cela ailleurs, tantôt moqué. Inutile de dire que ces réactions constituent le socle de croyances fortement négatives (sur le corps, le sexe, la sexualité), de culpabilté, de honte du corps et j’en passe…

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que cette découverte est fondamentale chez l’enfant, puisque c’est ce qui va lui permettre de connaître son corps, d’en apprivoiser les différentes sensations, et au fur et à mesure qu’il grandit, de découvrir le potentiel érotique et de plaisir de certaines zones. Les caresses puis plus tard la masturbation, ont donc un rôle fondateur très important. Elles constituent d’ailleurs le socle d’une sexualité saine, connue de soi, et qu’on peut partager à l’autre.

Pour les jeunes filles et les femmes, à la différence des hommes qui ont accès à leur sexe dans son entièreté et ce depuis leur plus jeune âge, cette découverte est plus délicate : en effet, une partie de leur sexe est externe, et une autre interne. La plupart du temps, arrivées à l’âge de la sexualité, elles n’en ont alors investi que la partie externe (le clitoris), ce qui est normal : c’est la plus évidente, la plus accessible, et dans la plupart des cas, personne ne leur a parlé de cette partie interne. La jeune fille ne l’appréhende alors que par le biais des règles lors de la puberté. Quelles représentations se construit-elle alors de cet intérieur, le premier contact qu’elle ait eu avec se matérialisant par une tâche de sang sur sa culotte?

Peut-être que votre mère vous a parlé de sexualité (et c’est tant mieux!!), et si ce n’est pas le cas, vous le saurez pour votre propre fille : il est fondamental de lui en parler, avec des mots adaptés à son âge. Il est important qu’elle sache qu’une partie de son sexe se situe à l’intérieur de son corps, qu’il n’y a pas de vide, et que quand elle sera grande, elle y accueillera le sexe d’un homme, que ça lui donnera beaucoup de plaisir, et qu’elle pourra elle aussi être maman. Cela peut paraître bizarre voire gênant, mais c’est ce qui va en réalité lui permettre de se construire en tant que femme. Ce qu’il faut comprendre aussi, c’est qu’une petite fille qui se caresse devant l’adulte lui pose indirectement une question (qu’est ce que c’est que cela, pourquoi je ressens cela, etc.), et que lui dire de faire cela dans son lit lorsqu’elle est toute seule ne fait que la renvoyer dans ses interrogations… Je vous renvoie ici aux ouvrages de Danièle Flamenbaum, qui explique cela extrêmement bien !

En tout cas, cette découverte du corps par le biais des caresses puis plus tard de la masturbation, est fondamentale, car c’est ce qui permet à la jeune fille puis à la femme de se connaître, d’apprivoiser son corps sexué, de savoir où sont ses zones érogènes et comment les stimuler, autant d’informations sur sa sexualité singulière qu’elle pourra transmettre le temps venu à son ou sa partenaire.

Parce qu’il faut bien comprendre une chose : ce n’est pas votre partenaire, aussi à l’écoute soit-il / elle, qui va vous initier ou vous révéler à votre propre sexualité. C’est vous-même, il en va de votre propre responsabilité ! Votre partenaire n’est pas là pour deviner ce qui vous fait plaisir, c’est à vous de le/la guider, parce qu’au préalable, vous vous êtes penchée sur la question (et vous avez bien eu raison!).

Si vous ne l’avez jamais fait, rassurez-vous, il n’est jamais trop tard. Trouvez un moment durant lequel vous êtes sûre d’être tranquille, et partez à la conquête de votre corps. Touchez, caressez, cherchez. Prenez votre temps, vous n’êtes pas pressée ! Faîtes-le d’abord à l’extérieur, le plus évident. Vous pouvez utiliser vos mains, un objet, le simple contact du drap ou d’un vêtement peut parfois suffire, chacune est différente, c’est un voyage que vous effectuez vers vous-même… Puis passez progressivement à l’intérieur… C’est un processus qui peut prendre un certain temps.

Après, quel est l’intérêt de continuer à le faire une fois que vous vous connaissez a minima me direz-vous ?

Déjà parce que ça fait du bien, et que ça détend le corps.

Ensuite, parce que plus vous le faîtes, plus des connexions neuronales se forment et plus le chemin au plaisir devient facile. C’est un cercle vertueux en quelque sorte !

Vous pouvez par ailleurs changer de tactiques, varier les façons de faire, afin de créer de nouvelles connexions et de découvrir de nouvelles zones érogènes que vous pourrez ensuite transmettre à votre partenaire.

Enfin, travailler sur vos croyances sur la sexualité et en particulier sur la masturbation peut vous aider à aller au-delà de certains blocages et à favoriser le lâcher prise.

Bref, pas de culpabilité, c’est votre corps, il vous appartient, vous avez parfaitement le droit d’apprendre à le connaître, et de vous faire du bien… Et surtout, dans la mesure où la sexualité n’est pas figée et évolue tout au long de la vie, vous avez toute la légitimité et le plaisir de continuer à vous découvrir !

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