Hypnose et santé : l’urgence d’une reconnaissance - Prévention Santé
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Hypnose et santé : l’urgence d’une reconnaissance

L’hypnose, en plein essor, fait un retour remarqué dans le milieu de la santé et de la psychologie. Mais la profession se cherche encore. Si l’hypnose fascine, elle attise aussi les convoitises. Tandis que la recherche scientifique accumule les découvertes passionnantes, des universitaires s’agitent autour du contrôle de son exercice. Au mépris parfois des thérapeutes qui ont fait son succès et aussi du public un peu perdu dans la jungle des pratiques.

Un engouement à canaliser pour en tirer le meilleur

Le phénomène Messmer a fait beaucoup de bien, en replaçant l’hypnose sur le devant de la scène. Il a aussi entraîné beaucoup de confusion dans les esprits, l’hypnose de spectacle fascine, elle fait peur également et des gens s’interrogent sur ce qui va se passer en cabinet. Il faut leur expliquer le cadre particulier d’un accompagnement thérapeutique, très loin du fantastique mais pas du formidable. Cela demande de la pédagogie, c’est en formant et en informant que les choses vont se clarifier. Je pense que l’hypnose et la santé ont un rendez-vous qu’il serait dommage de manquer, quand on sait les possibilités qu’offrent une hypnose bien pratiquée. En tant que professionnel, j’apprécie particulièrement la proximité et la relation de confiance qu’elle permet d’établir. J’y vois aussi une piste pour rapprocher les gens dans une société qui en a tant besoin.

Des organisations médicales souhaitent réserver l’hypnose aux médecins

Certains médecins, peu représentatifs mais très doués en lobbying, semblent partis à la conquête de l’hypnose. Après avoir dénigré une technique et sans avoir joué de rôle majeur dans son développement, ils cherchent à se l’approprier. On nous a fait le même coup il y a dix ans avec la sophrologie. Depuis, la profession a su se serrer les coudes et se structurer, il existe aujourd’hui un titre de sophrologue enregistré au répertoire des métiers et la sophrologie a d’une certaine manière trouvé sa place dans le système de santé. L’hypnose suivra-t-elle le même chemin ? Les instances qui prétendent la représenter devront clarifier leur fonctionnement. En attendant, j’aimerais qu’on me dise en vertu de quoi un médecin est mieux placé pour pratiquer l’hypnose.

La France manque de plus en plus de médecins. Tandis que dans de nombreux secteurs, les gens peinent à trouver un médecin traitant et que les délais pour rencontrer un psychiatre deviennent indécents, la priorité est-elle de leur confier l’hypnose ? Il est urgent que les médecins puissent se consacrer à la médecine et répondre aux besoins pressants de la population. Les nombreux troubles fonctionnels mineurs qui engorgent leurs cabinets peuvent tout à fait être accompagnés par d’autres praticiens. Les lois européennes, ratifiées par la France, garantissent à tous les citoyens le libre choix de leur thérapeute et de l’approche dont ils souhaitent bénéficier. L’Etat doit être garant de l’exercice de ce droit.

Faut-il réglementer l’hypnose, dans le sillage de la psychothérapie ?

En 2010, un décret inique a réglementé l’usage du titre de psychothérapeute, le réservant aux médecins et aux psychologues cliniciens, sans proposer aucun encadrement de l’exercice de la psychothérapie. Du coup, de nombreux praticiens issus de cursus différents se sont retrouvés privés de tout statut légal et sont régulièrement l’objet d’amalgames douteux, malgré une formation sérieuse et reconnue dans plusieurs pays d’Europe. J’en connais qui font un travail formidable, qui ne comptent pas les heures et qui récupèrent comme ils peuvent les insuffisances d’un système de santé à bout de souffle. Officiellement, ils sont la cinquième roue du carrosse. Pendant ce temps, des gens très mal formés continuent à faire des dégâts. Dans ces conditions, qu’on ne vienne pas me parler de protection des usagers. C’est du corporatisme pur et simple. En France, ce qui ne porte pas le sceau de l’Etat est réputé suspect, sauf que ce sceau s’obtient plus souvent par des actions de lobbying que par le mérite ou des preuves d’efficacité. Il est temps que chacun en prenne conscience.

Une formation très disparate en qualité comme en volume

Je ne vais pas me faire des amis, mais la langue de bois ne fera rien avancer. Je vois beaucoup de praticiens se lancer un peu trop rapidement, avec un niveau de formation qui ne leur permettra pas d’appréhender la complexité du métier. Il s’agit rarement de personnes malintentionnées, elles sont seulement ignorantes de leur propre ignorance. Certains proposent leurs services après quelques jours de formation ou après des cours par correspondance. D’autres se croient compétents après un long cursus universitaire qui ne les a préparés en rien à exercer ces disciplines, ce qui revient au même. Parfois, ce sont les qualités humaines requises qui ne sont pas au rendez-vous, alors que c’est avant tout la personnalité qui fait le thérapeute. Il existe pourtant des écoles privées dont le niveau d’exigence dans la pratique est sensiblement plus élevé que dans des cursus prétendument officiels. Dans toute discipline à vocation thérapeutique, il est important que le futur praticien ait effectué un réel travail sur lui-même. Les sciences humaines ont besoin de professionnels à la fois pragmatiques et passionnés, qui se remettent en question et se forment sans cesse. Les patients ont droit au meilleur.

Apprendre à travailler ensemble, au service les uns des autres

Le système de santé français est entièrement à reconsidérer. Il y a un besoin énorme de créativité, de faire du neuf. Pendant trop longtemps et comme dans d’autres domaines, nous nous sommes attachés au connu, crispés sur les acquis, nous contentant de gérer les symptômes d’un mode de vie irraisonné, oubliant que la santé et le bien-être psychologique c’est d’abord aider l’individu à recouvrer sa liberté. Dans une société évoluée, les plus capables aident les autres à se hisser au plus haut de leurs capacités. Cela est vrai aussi bien dans un système éducatif que dans un système de santé.

Peut-être certains craignent-ils de perdre leur prestige ou de gagner moins d’argent. C’est idiot car il y a de la place pour tout le monde. Ce n’est pas en opposant les différentes approches de la santé humaine que nous allons améliorer notre condition, mais au contraire en reconnaissant ce qui fonctionne chez les uns et les autres et en le faisant converger. Il est urgent que tous les acteurs de la santé et du bien-être se rappellent qu’ils sont au service des gens et apprennent à travailler ensemble dans ce seul but. Il y a de la place pour toutes les bonnes volontés et toutes les intelligences.

N’y a-t-il pas des risques de dérives à voir proliférer des pratiques différentes ?

Quand le système de santé laisse à désirer, il est logique que des alternatives se mettent en place. Les médecines naturelles se professionnalisent, on trouve parmi les formateurs de plus en plus de médecins, parfois même des chercheurs. Les praticiens eux-mêmes ont souvent un parcours riche d’expériences. On rencontre des scientifiques mais aussi des entrepreneurs, des professionnels de la communication ou des ressources humaines. J’exhorte l’ensemble des professionnels du secteur à faire preuve de solidarité et de conviction à assumer ce qu’ils sont. Sur le terrain, il existe déjà une collaboration fructueuse entre les thérapeutes et des médecins qui considèrent avant tout l’intérêt de leurs patients et ont bien compris qu’ils ne pouvaient ni tout faire ni tout savoir.

Au final, ce sont toujours les usagers qui décident qui ils veulent aller consulter. S’ils ne sont pas satisfaits par la médecine conventionnelle, ils iront vers d’autres types de soins, encadrés ou non. Il vaudrait mieux que ces choix alternatifs soient sécurisés. Concernant l’hypnose, étant donné l’ampleur de la demande et le grand nombre de praticiens plus ou moins bien formés déjà installés, il me paraît urgent de créer une véritable profession dotée d’un cadre bien défini et qui sache à la fois garantir une certaine liberté dans l’exercice. A l’heure actuelle, 70% des professionnels exerçant une méthode de psychothérapie ne sont ni médecins ni psychologues. Il est impensable de continuer à ignorer leur travail.

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Notice :

Les informations diffusées sont données à titre non professionnel. Elles ne remplacent aucunement les visites médicales, les diagnostics et les traitements médicaux qui doivent être faits en fonction des situations particulières de chacun, et que seul un médecin, dont le titre est légalement reconnu en France, peut réaliser.