Les psychotropes, thérapeutiques ou toxiques ? - Prévention Santé
Grâce à vous : +1.500.000 vues +650.000 auditeurs +500 interviews

Les psychotropes, thérapeutiques ou toxiques ?

Les psychotropes sont-ils aujourd’hui réellement efficaces ou sont-ils de véritables guérisseurs ? Entretien avec le Docteur Patrick Lemoine, psychiatre, docteur en neurosciences, ancien praticien hospitalier et directeur d’enseignement clinique à l’université Claude Bernard de Lyon. Il est également directeur médical international de la Division psychiatrique du groupe de cliniques ORPEA-Clinea.


Spécialiste du sommeil, vous avez publié de nombreux ouvrages consacrés au sommeil et à ses troubles, à l’anxiété et au sevrage des médicaments. Nous nous sommes rencontrés il y a près d’un an au Symposium organisé à Lille par l’association Coordonnance sur les médecines du monde. Vous étiez intervenu sur le thème du placebo, thème qui vous est cher puisque vous y avez consacré un ouvrage : « Les mystères du placebo ».

Interview

  • La plupart de ces molécules, anxiolytiques ou antidépresseurs, n’ont pas au départ été conçues pour un usage illimité mais au contraire pour un usage limité dans le temps, de l’ordre de quelques semaines à quelques mois.Comment se fait-il que certaines personnes prennent des médicaments de cette nature depuis des années voire des dizaines d’année ?
  • Dans son ouvrage culte sur l’épigénétique, « Le génie dans vos gênes » Dawson Church évoquait certaines études réalisées aux Etats Unis concernant l’efficacité des antidépresseurs, en l’occurrence dans ce cas, la paroxétine, qui démontraient que ce produit était inefficace voire même contre-indiqué dans les dépressions de l’adolescence. Pourtant aujourd’hui en France, il n’est pas rare que ce médicament soit prescrit chez des adolescents… Comment le système s’est-il perverti ?
  • Plus de 80% de ces produits sont prescrits par le médecin généraliste ? (et inutiles comme le disait dernièrement lors d’une interview le Pr Philippe Even). Pensez-vous que le manque de temps et le manque de formation ou d’information des médecins généralistes français puissent expliquer une telle dérive ?
  • On renouvelle la prescription par habitude ou à la demande du patient et cela peut se poursuivre indéfiniment… On dirait que dans notre société, le seuil de tolérance à la souffrance émotionnelle soit devenu très bas. Le médicament devient alors la réponse la plus simple : vous avez mal : des antidouleurs, vous êtes triste : un antidépresseur, vous dormez mal : un somnifère, vous êtes stressé : un anxiolytique. Est-ce de votre point de vue une caractéristique particulière de notre type de société ?
  • Pour certains, l’importance du marché des médicaments psychotropes donne un poids économique aux laboratoires pharmaceutiques que certains auteurs dénoncent comme des lobbies privilégiant la recherche, dans un but économique, de molécules utilisables sur une longue durée pour un confort quotidien afin de créer des « populations captives ». Ainsi, il existerait des intérêts communs entre industrie pharmaceutique et pouvoir politique, l’un servant l’autre en délivrant des « amortisseurs sociaux » assurant la pérennité de la paix sociale. Quel est votre sentiment personnel à ce sujet ?
  • La France n’a pas gagné la coupe d’Europe de football mais il est un domaine où la France est assurément médaille d’or, c’est celui de la consommation de psychotropes et notamment des benzodiazépines. Le chiffre de 12 millions de consommateurs en France était relevé dès 2012 et il est sûrement bien en dessous de la vérité. Que faut-il penser de cette singularité et quelle information cela nous donne sur les pratiques médicales dans l’hexagone ?
  • Dans un article du journal « Le Monde » daté du 22/09/2014, vous avez poussé un coup de gueule ou plutôt un cri d’alarme au sujet de cette surconsommation et sur ses conséquences. Vous évoquiez même avec humour, la nécessité de convoquer un « grenelle des toxiques ». Parmi les risques que vous dénonciez, il y avait bien sûr les phénomènes de dépendance et d’accoutumance, mais vous évoquiez également la notion de surmortalité constatée chez les consommateurs et également le risque de développer une maladie d’Alzheimer. En effet, en septembre 2014, une étude française publiée dans le British Medical Journal le confirmait : la prise régulière de benzodiazépines sur une période supérieure à 3 mois augmente fortement le risque de survenue de la maladie d’Alzheimer. L’étude menée par Sophie Billioti de Gage, chercheuse à l’Inserm, et son équipe, vient compléter de ce tableau déjà sombre en démontrant que les benzodiazépines augmentent considérablement le risque de développer la maladie d’Alzheimer. La maladie d’Alzheimer, maladie neurodégérative par excellence, touche près de 900 000 Français. Les travaux ont porté sur près de 9000 personnes âgées de plus de 66 ans, qui ont été suivies pendant 6 à 10 ans. Ils ont démontré que la prise quotidienne de psychotropes pendant plusieurs mois augmente le risque de développer une maladie neurodégénérative : une prise quotidienne pendant 3 à 6 mois augmente le risque de maladie d’Alzheimer de 30 %, une prise quotidienne pendant plus de 6 mois augmente le risque d’Alzheimer de 60 à 80 %. On pouvait espérer après de telles publications et de telles alarmes que quelque chose allait changer, qu’une (nouvelle) alerte sanitaire allait être déclenchée, que la consommation de ces produits allait s’effondrer… Pouvez-vous nous dire où en est la situation 2 ans plus tard ?
  • Puisqu’il nous faut bien admettre les risques liés à l’usage immodéré de ces médicaments psychotropes et qu’une politique de santé responsable devrait amener une plus grande vigilance et proposer des alternatives, quels sont aujourd’hui les outils à notre disposition, non seulement pour permettre un sevrage de ces substances toxiques mais aussi prendre en charge ces souffrance qu’elles étaient sensées soigner ?
  • Dans votre ouvrage : « La détox, c’est la santé », vous passez en revue une série d’alternatives. Pouvez-vous faire un rapide commentaire sur les méthodes suivantes ?
  • Est-ce que cette crise de société, cette crise sanitaire, n’est-elle pas une occasion, comme une invitation à vivre mieux, à faire preuve d’une meilleure hygiène de vie, à une plus grande responsabilité de l’individu en ce qui concerne la gestion de sa santé ?
  • Vous est–il arrivé de consommer l’un ou l’autre de ces produits ? Si oui, pouvez-vous nous décrire en quelles circonstances ?
  • Vous êtes le directeur médical international de la Division Psychiatrique du groupe de cliniques ORPEA-Clinea. Parvenez-vous à utiliser cette position d’influence pour modifier ou tenter de modifier les pratiques médicales en usage dans les établissements dépendants de votre groupe, notamment en ce qui concerne l’usage des benzodiazépines et le recours à d’autres approches alternatives comme celles que nous venons d’évoquer ensemble ?

 

Quelques phrases à retenir

  • 80% des tranquillisants sont prescrits de façon abusive.
  • Plus de 3 mois de tranquillisants et la mortalité est multipliée par 2.
  • Le doliprane diminue la capacité de compassion.
  • Le sevrage médicamenteux fait bien dormir.
  • Le problème est un problème de formation.
  • La luminothérapie fonctionne dans 85% des cas.
  • La phytothérapie a des résultats remarquables.
  • Augmentation du risque de démences chez les consommateurs réguliers de psychotropes.
  • Le bromazepam augmente les apnées du sommeil.
  • Il y a augmentation des démences, c’est indiscutable.
  • Mes seuls échecs c’est avec le Zolpidem.
  • L’effet placebo, c’est 1/3 de l’action thérapeutique.
  • La base, c’est l’hygiène des rythmes.

S'abonner gratuitement pour ne rien manquer des nouveautés


Notice :

Les informations diffusées sont données à titre non professionnel. Elles ne remplacent aucunement les visites médicales, les diagnostics et les traitements médicaux qui doivent être faits en fonction des situations particulières de chacun, et que seul un médecin, dont le titre est légalement reconnu en France, peut réaliser.