Qu'est-ce que le régime méditérranéen ? Stefano Pisani, Cilento - Prévention Santé
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Qu’est-ce que le régime méditérranéen ? Stefano Pisani, Cilento

Nous savons que l’alimentation nous aide à se maintenir en forme et contribue à une « bonne santé ». Le régime méditerranéen est classé parmi les secrets du « vivre le plus longtemps ». C’est pour cela que je me suis interrogée sur cet art de vivre italien, en essayant d’en découvrir les vertus. Entretien avec Stefano Pisani, maire de la ville de Pollica, Acciaroli, dans la région du Cilento, Sud Italie.


Originaire de Pollica, Stefano Pisani a choisi depuis enfant de se dédier à sa région et s’impliquer dans sa commune.

Site de la ville : http://www.comune.pollica.sa.it/

Retranscription

D: Bonjour à tout le monde, aujourd’hui en direct de Pollica, je suis avec le maire Stefano Pisani.

S: Bonjour!

D: Je te remercie pour cette entrevue et pour le temps dédié

S : Merci a vous

D : Aujourd’hui je suis venue en Italie pour savoir comment se passe le régime Méditerranéen. Avant tout, quel est votre parcours ?

S : Il n’y a pas très longtemps que je suis retourné à Pollica, où je vis. J’ai fait mes études loin d’ici et je n’aurai jamais pensé retourner dans cette ville. Au contraire, grâce au Maire qui m’a précédé, c’est-à-dire Angelo Vassallo, j’ai compris qu’avoir soin de ton lieu de naissance et du territoire où on vit est très important, et, surtout, il est nécessaire que chacun de nous donne sa contribution afin que l’on puisse grandir et améliorer le lieu où on vit. C’est pour cela que j’ai décidé, avant avec lui et après par moi-même, d’entreprendre cette activité de gouverner le territoire d’au point de vue plus local, en qualité de maire de la Commune de Pollica.

D : Donc, dans la ville on se préoccupe de la santé, du bien-être des gens.

S : On peut dire que dans les petites Communes de l’Italie on se préoccupe de tout, en commençant par les choses les plus banales, par exemple faire réparer une bouche d’égout, jusqu’à des plus importants projets de recherche pour la santé des êtres humains et sur la possibilité de vivre cent ans.

D : Et donc quel est le programme pour la ville ?

S : Avant tout, nous avons un programme pour améliorer les infrastructures du lieu où nous vivons. Nous sommes une Commune qui a une économie strictement basée sur le tourisme et l’agriculture. Nous sommes en train de chercher de valoriser ce lieu en faisant connaitre les beautés naturelles, en soignant la qualité de l’environnement  par la conservation et la valorisation de la biodiversité, grâce au soin de la mer. Depuis 30 ans, Pollica reçoit la récompense internationale de la FEE (Foundation for Environmental Education) , c’est-à-dire le « Drapeau Bleu ». Depuis 16 ans nous sommes dans le classement des « Cinq Voiles », un spécial classement qu’une association écologiste italienne, Lega Ambiente, rédige tous les ans qui reconnait et récompense dix localités en tout Italie pour les excellences du tourisme italien. Cette année Pollica est la deuxième dans le classement, la première c’est une localité de la Sardaigne; nous sommes très fiers du résultat que nous avons atteint. Qu’est-ce que signifie travailler pour un tourisme de qualité ? Il signifie d’avoir une manière d’accueillir le touriste afin qu’il n’y ait pas de consommation du lieu qu’on va visiter, mais qu’on apprenne à vivre ce lieu grâce à des structures adéquates mais surtout grâce à une juste philosophie de vie.

D : Parlons du régime Méditerranéen, nous sommes dans le Cilento maintenant. Qu’est-ce-que c’est ?

S : Le régime Méditerranéen certainement n’est pas un régime, donc ce n’est sûrement pas une manière de manger…

D : une façon de vivre, un plaisir…

S : En grec antique le mot «régime » signifiait « style », style de vie. Le régime Méditerranéen est un style de vie, une manière d’être tout simplement. Le régime Méditerranéen signifie s’intégrer, être ensemble, s’occuper des personnes qui vivent dans ta communauté et bien manger, manger les produits d’excellence agricole. Il est aussi très important pour  construire le futur, puisque nous sommes en train de chercher de repenser notre structure économique, pas seulement locale mais aussi au niveau plus vaste comme zone territoriale, en investissant de nouveau dans le secteur primaire, c’est-à-dire dans l’agriculture, en promouvant des nouvelles entreprises agricoles et l’emploi des jeunes. Tout cela peut être résumé en deux mots : Régime Méditerranéen, ca veut dire beaucoup, mais qui veut aussi dire peu pour ceux qui ne le connaissent pas. Maintenant, le régime Méditerranéen semble être reconnu par tout le monde comme un des secrets de la longévité ou le secret de La longévité. Pour nous cela signifie continuer à bien vivre dans le lieu que nous aimons et continuer à construire un différent système socio-économique mais aussi cultural, car le régime Méditerranéen est aussi une culture. Les aspirants du régime Méditerranéen ont été les anciens Grecs, qui ont eu une des principales installations à Velia, une ville peu loin d’ici qui a donné le jour à des grands philosophes de l’Ancienne Grèce. Tout cela nous a fait évoluer vers une communauté que l’UNESCO a voulu reconnaitre comme patrimoine cultural et matériel de l’humanité, le 16 novembre du 2010. Le régime Méditerranéen avec la cuisine française ont été les deux premiers patrimoines culturaux et pratiques de l’humanité et pour cette raison nous célébrons cette manière d’être, ce style de vie qui enfin se traduit tous le jours, avec les femmes qui continuent à se rappeler les recettes de leur enfance et qui les transmettent à leurs petit-enfants. Aujourd’hui, il y a la nécessité de retourner dans cette direction, ces femmes continuent à récolter les produits du potager qui ont poussé derrière leur maison, c’est-à-dire qu’on cultive les tomates ou le basilic par soi-même.

S : Tout de près. Cela produit une qualité de la nourriture qu’on mange et sur cela se base le résultat scientifique, qui nous apporte une donnée très exaltante : dans le Cilento nous avons compté 300 centenaires qui font parti d’une étude de la « San Diego University », qui, en collaboration avec l’université de « La Sapienza » à Rome, veut découvrir quels sont les éléments qui influencent la longévité.  Maintenant les technologies médicinales permettent presque à tout le monde de devenir très âgé, mais très souvent, trop souvent, avec le temps il y a aussi  un dépérissement du physique, donc l’incapacité d’être autonome. Au contraire, nous avons des recommandations exceptionnels comme un vieux qui s’appelle Giuseppe Vassallo, de 94 ans. Il s’occupe tranquillement de son potager, il se réveille le matin pour aller dans son potager, il arrose et récolte ses produits, il a une femme de ménage qui lui donne de l’aide dans la cuisine et dans la maison ; après il va au café où il joue aux cartes, il boit un café, il passe un peu de temps avec les amis et enfin il passe tranquillement sa soirée en se promenant pour la ville.

D : Dans notre programme nous nous occupons de la façon à vivre, donc sans stress, sur l’effet de l’environnement, des amis, de la communication et aussi de la nourriture. Certains médecins français, mais aussi des étrangers, disent que les maladies modernes sont dues pour le 50% à une nourriture qui a été changée, transformée. Est il vrai, selon toi ?

S :Oui, je crois beaucoup dans la « non nécessité » de modifier les choses qui nous entourent, comme notre nourriture et notre environnement.

D :Nous prenons la nourriture de tous pays, de l’Espagne, de la Suisse.

S : Cela peut aussi être une bonne chose, mais nous ne devons pas apporter des modifications. Se je transfères la nourriture de l’Italie à l’Espagne, ce n’est pas la même chose que cultiver la même nourriture italienne en Espagne. L’Espagne fait bien certaines choses et l’Italie en fait bien des autres, la Chine fait bien certaines choses et nous en façons d’autres. En vivant la globalisation, nous devons apprendre à avoir une correct conception de l’idée de la globalisation. Cela signifie que mon ami chinois peut manger les produits du régime Méditerranéen qui ne sont pas la même chose s’ils sont cultivés en Chine, pour un motif banal, c’est-à-dire parce que le territoire de production et les éléments agricoles ne sont pas reproductibles.

D : Tu sais, en effet ma grand-mère toujours disait : « Si je prends les tomates en Italie et en France, ils ont un goût différent, même s’ils viennent du même producteur »

S : Oui, c’est absolument vrai, parce que nous avons devant une représentation de non-reproductibilité. La société moderne est entrée en crise avec le financement de l’économie et cela est arrivé pour un motif banal : on a pensé de multiplier la valeur non matérielle à l’infini. C’est la même chose d’une incorrecte globalisation, où on pense de pouvoir faire tout partout, sans respecter les lieux , les territoires et les gens. Au contraire, nous croyons que, exactement par la valorisation du style de vie Méditerranéen, il est essentiel pour nous, de faire en sorte que le monde connaisse les lieux dans lesquels les excellences alimentaires sont produites et qu’on les reconnaisse comme telles. De cette manière on va aussi assurer  la possibilité de soutenir ces populations qui continuent à valoriser ce lieu sans le dévaster. Ceux-ci sont des principes simples de l’économie locale qu’il faut respecter, parce que, en conséquence, on réussit à garantir des nouveaux emplois avec le régime Méditerranéen, en valorisant la production d’excellence de mon territoire. Pollica est une Commune de 27 km2 , qui compte 2500 habitants pendant l’hiver et 40000 habitants pendant l’été grâce au tourisme, celles-ci sont le données statistiques qui représentent Pollica. Cela signifie une chose très simple : nous avons un produit d’excellence agroalimentaire très reconnu par « Slow Food » comme  présidium, qui sont les olives écrasées de Oliva Salella. Celles-ci sont banalement des olives vertes de qualité Salella qui subissent un procédé de transformation très traditionnel et d’excellente qualité. Nous ne pouvons pas porter ce produit dans le monde entier, mais nous réussissons à faire de manière que la culture, la tradition et la richesse, qui doivent être liés à ce produit, survivent. De cette manière, nous avons obtenu la certification du produit, nous l’avons placé sur le marché et les quantités qui nous réussissons à produire, sont payés à prix très haut. Quel est la raison ? Parce qu’elles sont l’expression d’un procédé productif particulièrement respectueux du lieu de production et parce que la quantité est limitée. Nous avons cette très mauvaise habitude de vouloir multiplier tout à l’infini. Au contraire, nous devons chercher d’intérioriser un concept plus simple et qu’on applique à Pollica : tout est limité. Tout est limité et tout est correctement utilisé.

D : Que signifie « bon santé » selon toi ? Nous avons presque deviné.

S : La santé pour moi signifie essentiellement avoir la possibilité de vivre sans des charges quotidiennes excessives,  etc. etc. Les infirmités arrivent pour tous, les jeunes et les âgés. Mais je crois que ces problèmes di santé peuvent être très réduits par notre comportement. Il n’y a pas très longtemps l’Italie avait écrit dans une loi nationale, de ne pas vouloir les OGM dans son territoire. Cela a été un grand choix, un choix de durabilité, un choix complètement inverse par rapport à ce qui arrive dans le monde, surtout en Amérique, c’est-à-dire dans les grands pays industrialisés où la nécessité de nourriture s’affronte avec la nécessité de faire des économies. Nous avons fait un choix correct parce que le « made in Italy » doit suivre un procédé d’identification des excellences. Cela produit, exactement presque dans la même façon, la qualité de la vie car il est lié à ce qu’on mange et à l’environnement qui nous entoure. Si je cultive dix hectares de terrain selon une typologie productive traditionnelle, je respecte cette zone territoriale et j’en garantis la capacité de se régénérer. Je suis en train de parler simplement du concept de résilience, c’est-à-dire de la nature qui se régénère si nous ne sommes pas trop méchants dans l’utilisation des lieux. Nous devons être capable de garder l’auto régénération du territoire. Si nous sommes en mesure de faire cela, nous aurons résolu la nécessité de laisser des opportunités aux génération futures.

D : Est-ce que tu aurais des noms de médecins, de recherches scientifiques sur le régime Méditerranéen ?

S : Nous avons eu la chance, dans le deuxième après-guerre, d’héberger dans ce lieu un scientifique américain qui s’appelait Ancel Keys. Il a été le père du régime Méditerranéen. Il a été celui qui a réussi, en connaissant les habitants de notre Commune, à traduire notre vivre quotidien, qui simplement consistait à se réveiller tôt au matin, manger pain avec les tomates comme petit déjeuner, aller déjeuner à midi, travailler la terre, faire beaucoup d’activité physique, cultiver son propre potager, vivre de ses productions, respecter les choses qui nous entouraient, dans le régime Méditerranéen.  La force d’Ancel Keys a été de faire connaître au monde entier  la possibilité de réduire l’impact des maladies cardiovasculaires par rapport à notre manière de manger. Avec le temps le concept de régime Méditerranéen a agrandi encore parce qu’on a compris qu’il n’était pas une question liée seulement à l’alimentation. Ancel Keys l’a écrit, mais, avant lui, les philosophes grecs l’ont exprimé en disant « que la nourriture soit ton médicament ». Cette chose est la plus importante.

D : En France on dit Hippocrate

S : C’est juste, Hippocrate qui a écrit cette phrase. En somme, ceux-ci sont les éléments à prendre en compte et, en tant que scientifique, Keys les a résumés dans des données. Maintenant, nous sommes en train de parcourir une partie de son chemin avec une université étrangère, la San Diego University, et la Sapienza de Rome, parce que nous nous demandons en quelle manière le vieillissement puisse être adéquat, bienveillant vers ceux qui arrivent à un âge avancé et aussi la manière de réduire le coût pour gérer l’âge d’argent, c’est-à-dire ceux qui dépassent les 80 ans, les 90 ans, car peut devenir un problème. Nous n’avons pas des structures de soutien aux personnes âgés sur le territoire, c’est-à-dire nous ne les avons pas ici à Pollica, et nos anciens vivent simplement mieux en restant chez eux. Ils restent, avant tout, des membres de la communauté.

D : Quels seront les projets pour la ville et pour le Cilento ?

S : Nous avons beaucoup de projets pour notre ville

D : Mais surtout pour ce qui concerne la santé, le bien-être

S : Oui, oui. Nous sommes en train de faire une expérimentation très importante, toujours avec les Américains. Dans les petites communautés rurales la distance des hôpitaux est très importante, trop par rapport à la possibilité de répondre immédiatement à des possibles dommages pour la santé, qui peuvent aussi conduire rapidement à la mort, pour exemple l’infarctus, etc. Alors, nous avons structuré, avec des chercheurs, la possibilité d’utiliser la « telemedicina », c’est-à-dire l’utilisation de la technologie et d’Internet à bande large (broadband, rapide ndr). Par exemple, tu es ici, le médecin t’examine et en même temps le spécialiste en hôpital peut dire si ta douleur à la poitrine est simplement un coup de froid ou tu es en train d’avoir un infarctus, s’il faut t’administrer un médicament d’urgence, aller tout de suite à l’hôpital, ou si tu peux rester à la maison. De cette manière, notre système sanitaire se soulage de coûts très importants. Il suffit de penser qu’en Italie le coût pour passer une nuit en hôpital est de 1000 euros par personne. Réduire ces coûts signifie pouvoir augmenter la possibilité d’améliorer la qualité des soins, parce que nous investissons différemment l’argent que aujourd’hui vient banalement utilisé pour un système sanitaire qui a beaucoup de défauts.

D : Tous ces informations pouvons-nous les trouver en quelque site internet ?

S : Pour le moment, ces informations ne sont pas disponibles parce qu’ils font encore parties de projets expérimentaux. Quand nous aurons la possibilité de les présenter, ils seront à disposition sur un site internet. Le 3 et le 4 septembre nous présenterons les premiers résultats de l’étude sur la longévité en collaboration avec la San Diego University et après nous pourrons vous dire en connaissance de cause, combien d’importance a le style de vie Méditerranéen et ce qu’il peut apporter au monde en termes de bien vivre et de la longévité.

D : Pour terminer l’entrevue, un conseil pour le public qui nous suit.

S : Un conseil simple pour tout le monde, c’est ce que Giuseppe de 94 ans me dit toujours et que pour lui est le secret de une vie longue. Dans la vie moderne nous vivons très stressés et la chose qu’il me dit toujours est : « il faut avoir plus de calme ». Nous devons être plus tranquilles en vivant notre vie, parce que selon Giuseppe le temps que nous avons est suffisant, si nous sommes capable de le prendre et, surtout, si nous le perdons en courant, à la fin nous restera rien à vivre. Le conseil, qui selon moi est le meilleur, est d’aller lentement.

D : Prendre notre temps

S : Prendre le temps qu’il faut pour faire tout

D : Ce que nous avons ici

S : Absolument

D : Merci pour l’entrevue

S : Merci à vous

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Notice :

Les informations diffusées sont données à titre non professionnel. Elles ne remplacent aucunement les visites médicales, les diagnostics et les traitements médicaux qui doivent être faits en fonction des situations particulières de chacun, et que seul un médecin, dont le titre est légalement reconnu en France, peut réaliser.